UNE NOUVELLE OPTIQUE POUR LES COMPTES

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<<DEFINIR DE FACON COHERENTE LES FONCTIONS DES COMPTES                         REDEFINIR LE CADRE TECHNIQUE>>

 Dans cet empilement de normes disparates ressortent des principes comptables fondamentaux  multiples : image fidèle, régularité, sincérité, permanence des méthodes, continuité d’exploitation, prudence, utilisation des coûts historiques, séparation des exercices, non compensation.

Dans l’information financière s’impose le principe de transparence, mais la jurisprudence continue à protéger le secret des affaires. Tend à s’y rajouter la juste valeur dans le cadre de la comptabilisation des instruments financiers.

L’arbitraire et incohérence des règles traduisent une évolution sans consolidation , où les différents principes règles et méthodes ont été ajoutés cumulativement, avec de plus récemment l’introduction de différentes sortes de « bilans » :  "bilan social" " bilan environnemental", etc.  

La comptabilité est à l’origine conçue comme l’enregistrement des opérations passées,  avec l’établissement d’une situation à la fin de l’exercice. Cette conception est encore présente.  

S’y rajoute cependant l’intervention de projections vers le futur, de  prévisions importantes dans la valorisation (participations industrielles) , d’évaluation  d’évolution future des risques qui sont toutes des anticipations.  

Pour rester dans les concepts d’image fidèle on constate que l’image est obtenue  en visant le passé, en figeant l’instantané et en essayant de projeter le futur. 

Il est clair que le bilan est le produit du passé , présage du futur mais dans le cadre de la capacité bénéficiaire. L’importance fondamentale du résultat traduit le fait qu’il est un  instantané à la lisière entre le passé et le futur .  Une vision complète de la réalité semble imposer de distinguer les images et non de prétendre qu’une seule image peut être donnée avec fidélité (et aussi sincérité et régularité).. 

Par ailleurs on maintient l’exigence de sincérité alors qu’au contraire on refuse la « forme » . On ajoute des éléments hétérogènes régis par des règles de nature différentes  qui amènent à ajouter des pommes et des poires.  Par ailleurs il est prétendu que les comptes présentent « une image fidèle » alors que chacune des catégories d’utilisateur a un point de vue différent, d’où l’image de la réalité ne peut que différer.  

Là encore la multiplicité des analyses optique parait s’imposer, comme la comptabilité de gestion se différentie de la comptabilité externe.  

Les principes de base de la comptabilité à l’heure de la société de l’information  sont celles dont on a vu qu’elles  ont été développées il y a huit siècles pour partager la « fortune de mer »  , pour déterminer la « fortune » des marchands et voir si elle n’a pas été dilapidée, avec des adaptations qui restent empreintes d’une société industrielle.  Les formules de certification reflètent l’état de l’économie de cette époque.  Le langage reste ambigu et l’on évoque l’information comptable alors même que de façon schizophrène celle-ci a évolué vers une information financière tout en prétendant aussi conserver les caractères de sincérité et de fiabilité de l’information comptable. 

Dans l’économie moderne les performances passées permettent de moins en moins de considérer comme acquise la « fortune » de l’entreprise et à plus forte raison  d’anticiper par elles-mêmes la situation future de l’entreprise, ce qui est les prémisses de la comptabilité. Même dans les sociétés industrielles les situations acquises ont fragiles, la recherche comme le marketing , l’image de la société constituent des facteurs de valorisation fondamentaux qui peuvent être remis en question par des risques divers.  Même les techniques traditionnelles, telles que l’inventaire des produits en stocks, dans une économie qui tend vers le flux zéro , ne sont pas des sources d’estimation fiable, en tout cas positive,  car l’existence des stocks peuvent en fait facilement démontrer que l’entreprises a des difficultés à écouler ses produits et que ceux-ci sont obsolescents.  

Les prévisions traduisent la vision des dirigeants sur l’avenir, leur contrôle exige une connaissance du métier et une appréciation qui est subjective. D’ailleurs la confiance dans les dirigeants est un élément important de valorisation des actions d’une entreprise sur le marché.  

Celui-ci fonctionne en anticipation des résultats, et en comparaison ensuite des prévisions faites par rapport à ses anticipations.  Le développement de l’analyse financière démontre le besoin ressenti d’une appréciation des informations financières qui en dément la fiabilité technique. L’analyste financier pouvant de moins en moins avoir des informations des dirigeants dans le souci  légitime de l’égalité d’information et de la prévention des délits d’initiés, il se base fondamentalement sur les informations publiées par l’entreprise et, d’après les sondages effectués, sur la lecture de la presse économique et financière. On assiste par ailleurs à une généralisation de l'analyse financière suivant des normes "pro forma"  et à une insistance sur des notions diverses, telles d’une part que l’EBITDA ou d’autre part l’EVA. Ces critères sont présentés comme des compléments nécessaires sinon  critères préférables ou même des substituts  aux données de  l’information financière.  

On voit aussi se développer la notation financière, qui se focalise sur la capacité de l’entreprise a respecter ses engagements et évalue donc le risque d’émetteurs de titres d’endettement.  Les recommandations des agences de notation financière, fondées sur une analyse généralement payée par l’émetteur, sont ensuite utilisées par les investisseurs . 

Cette multiplication d’intervention se traduit par  des incohérences souvent flagrantes telles que la notation d’obligations démontrant une opinion selon laquelle la société est incapable de rembourser son endettement , ce qui se traduit d’ailleurs par des décotes importantes de la dette, alors que l’action est valorisée en bourse et recommandée par les analystes financiers.  

Entre les auditeurs, les analystes financiers et les agences de notation on assiste ainsi au développement de différentes catégories d’oracles, sans compter les spécialistes de l’analyse graphique financière. Or si l’information financière est sincère, fiable et fidèle avec une certification par des professionnels multidisciplinaires et d’envergure mondiale  on ne voit pas pourquoi il y aurait besoin d’autres prestations.  

Ceci ne peut que mener à la conclusion qu’il n’est pas possible de certifier l’information financière suivant les critères comptables.  Les crises récentes, que ce soit pour les entreprises privées ou pour les états ,  démontre bien entendu l’absence de fiabilité des prévisions de l’ensemble de ces prestataires de services.    

La tentation de blâmer ces échecs en trouvant des boucs émissaires, par l’imputation de malversations, négligences ou incompétences est facile pour tous, à commencer pour les autres intervenants sur le marché.  Ce débat, qui relève des tribunaux saisis dans les actions en responsabilité, ne doit pas masquer les véritables questions .  

L’affirmation de la valeur de la certification est une préoccupation normale des professionnels et de leurs organisation puisqu’elle valorise la prestation . Les entreprises recherchent fondamentalement une signature, les autorités régulatrices agréant des signatures comme gage de fiabilité. Elle dévalorise en revanche la profession par la démonstration de l’absence de confiance à prêter à une telle certification.  

Cette certification est fondée sur la qualification des comptes comme étant le résultat d’une technique. Elle s’inscrit dans une optique binaire du tout ou rien, qui a été développée dans la pratique anglo-saxonne, que ce soit en comptabilité ou en droit. Comme la lettre d’opinion qui doit être fournie dans les opérations financières elle doit être sans réserve. Les méfaits de cette vision au regard de l’obligation de conseil sont manifestes et ne reflètent pas la réalité.  

La certification des comptes donne l’impression d’une technique exacte, alors qu’« il est difficile de prévoir, surtout le futur » !  Comme toute prévision il serait raisonnable d’en souligner les limites, avec des indices de confiance, plutôt que de laisser croire à une fidélité garantie par la technique et démentie par les faits. 

Il conviendrait ainsi de séparer les comptes faisant l’enregistrement des opérations, dans une optique de contrôle de gestion, qui devraient être marqués par le principe de la sincérité et de l’exactitude comme par celui de prudence, et les comptes d’information financière. Dans ceux-ci les différentes valorisations, en fonction des différentes hypothèses , devraient être affectés d’indices de confiance.  

Dans le premier cas les sanctions en particulier pénales prévues par les textes actuels pourraient avoir vocation à s’appliquer en cas d’inexactitude et de manque de sincérité. Les comptes prévisionnels, qui incluraient les traitements  faits actuellement par les analystes et les agences de notation, en développant ainsi une prestation globale qui devrait être indépendant et de haute technicité, ne seraient sanctionnés qu’en cas de déformation volontaire. 

Le cadre conceptuel de ces comptes devrait être clairement défini, avec des principes dont les normes détaillées serait des illustrations d’application, et non des normes principales trop facilement tournées.  

Au lieu d’avoir des comptes qui prétendent satisfaire des objectifs multiples, avec des bénéficiaires divers ayant des points de vue différents et des préoccupations divergentes sinon opposées, et ceci avec une certification illusoire et mutualisant les risques par la responsabilité, des comptes séparés permettent d’adapter les principes aux différents besoins et aux différents bénéficiaires.  

Compte tenu de l’importance de ces informations pour les entreprises, pour les marchés, le public, les salariés et les créanciers, et du coût des prestations, cette séparation entre différents comptes est parfaitement justifié. La multiplicité existe déjà avec les séparations entre les comptabilités de gestion en comptabilité analytique et les comptes sociaux, les comptes consolidés,  les calculs d’EBITDA, EVA  ou retraitements par les analystes et agences de notation.  

Il convient de souligner que la valorisation des passifs de contentieux ne peut pas être faite avec la même transparence que celle des autres éléments du passif, et que le développement du hors bilan aboutit au fait que les éléments de risques les plus importants figurent en hors bilan. Ce bilan « offshore »  doit être incorporé dans des comptes qui ne paraissent pas être de simples indications de précaution, illisibles et incompréhensibles, avec une information qui n’est pas réelle.

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