l était temps... La Commission des opérations de Bourse (COB) s'est
enfin décidée hier à donner de la voix dans le dossier Eurotunnel , dont
le titre connaît une hausse fulgurante dans des volumes inhabituellement
élevés depuis le mois de mai. La COB a ainsi demandé hier "à toutes
les personnes ayant diffusé ou diffusant une information sur la société
Eurotunnel de préciser
notamment et dans les meilleurs délais leurs intentions, leurs capacités
à les concrétiser, les variations récentes de leurs participations dans
le capital de la société ainsi que l'existence d'une éventuelle action
de concert avec autrui". Une demande qui vise sans les nommer, mais
sans équivoque, l'éditeur controversé de presse boursière Nicolas Miguet,
le financier François Gontier et l'Association de défense des
actionnaires d' Eurotunnel
l (Adacte).
Tout a commencé peu avant l'assemblée générale (AG) d'
Eurotunnel , le 15 mai, qui a été le théâtre d'une tentative
de
"putsch" de petits actionnaires mécontents de la stratégie
menée par la direction, notamment en ce qui concerne la gestion de
la dette et la rémunération des dirigeants. Depuis, l'idée de
renverser le conseil d'administration a fait florès, d'autant que la
révolte avait failli porter ses fruits. Nicolas Miguet, qui figurait
parmi les
"putschistes du 15 mai", a incité ses lecteurs à
acheter les titres du concessionnaire du tunnel sous la Manche et à
lui déléguer leurs droits de vote. L'objectif : provoquer la
convocation d'une AG d'
Eurotunnel -
ce qui requiert 5 % des droits de vote - afin de révoquer le conseil
d'administration.
Assignation. Le 19 septembre, lors d'une réunion avec la
presse à laquelle assistaient
François Gontier
et Joseph Gouranton,
le président de l'Adacte,
Nicolas Miguet a annoncé avoir réuni
suffisamment de pouvoirs pour représenter 15 % du capital d'
Eurotunnel . Hier soir, il estimait détenir 12.000 pouvoirs
représentant 17 % du capital. Interrogé par La Tribune,
Nicolas Miguet a affirmé qu'il sommerait Eurotunnel par voie
d'huissier, dès ce matin, de convoquer une AG. Sans réponse sous
huit jours, il déposera une assignation au tribunal de commerce. De
leur côté, Joseph Gouranton et
François Gontier
semblent avoir pris quelques distances avec l'action de
Nicolas Miguet .
"Je m'étonne
que la convocation n'ait pas déjà été demandée, puisqu'elle ne
requiert que 5 % du capital", indique Joseph Gouranton.
"Pour
ma part, je me suis contenté de vérifier par huissier que Nicolas
Miguet dispose bien du nombre de pouvoirs qu'il affirme détenir, ce
qui est le cas...", ajoute
François Gontier Qui précise :
"Je m'associe bel et bien à la démarche consistant à révoquer
l'actuel conseil d'administration d'
Eurotunnel , afin d'initier le redressement de l'entreprise,
mais je ne suis pas lié ni n'agis de concert avec Nicolas Miguet."
Quoi qu'il en soit, la société
Eurotunnel
, également sommée par la COB de faire connaître sa position,
hausse le ton, après des mois de quasi-mutisme. Elle a fait
connaître hier soir sa décision de
"porter plainte contre X du
chef de diffusion d'informations fausses et trompeuses et de
manipulations de cours". S'orienterait-on vers un nouveau
scandale
Eurotunnel ?