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Echec des négociations chez Eurotunnel (la Tribune)
Echec des négociations chez Eurotunnel, qui cherche la protection de la justice
Après l'échec des négociations sur la dette d'Eurotunnel avec ses créanciers, le
groupe a annoncé dans la nuit qu'il se plaçait "sous la protection du tribunal
de commerce de Paris". Ce dernier a reçu ce matin Jacques Gounon, PDG
d'Eurotunnel, afin d'examiner la procédure de sauvegarde du groupe. Le tribunal
devrait rendre sa décision le 25 juillet.
Faute d'un accord sur la restructuration de sa dette de près de neuf milliards
d'euros avec une partie de ses créanciers, Eurotunnel a annoncé cette nuit que
le groupe allait se placer sous la protection de la justice. "Eurotunnel est
contraint de poursuivre la procédure lui permettant de se placer sous la
protection du tribunal de commerce de Paris", a déclaré dans la nuit une
porte-parole d'Eurotunnel, lisant une déclaration du groupe. Jacques Gounon, le
PDG du groupe, a été reçu à 10h00 par un juge du Tribunal de commerce de Paris
pour examiner la demande de sauvegarde déposée par Eurotunnel mardi matin. "Nous
aurions peut-être dû aller en procédure de sauvegarde plus tôt", a déclaré
Jacques Gounon jeudi après-midi, ajoutant qu'il était "obligatoire d'aller en
procédure de sauvegarde". Par ailleurs, un conseil d'administration du groupe
s'est tenu ce matin. Il a été décidé à l'unanimité d'annuler les assemblées
générales d'Eurotunnel SA et Eurotunnel Plc prévues le 27 juillet prochain.
Un communiqué d'Eurotunnel précise que "les créanciers subordonnés emmenés par
Deutsche Bank ont rejeté la dernière tentative d'arriver à un accord consensuel
avec l'ensemble des créanciers d'Eurotunnel". La direction de l'opérateur du
tunnel sous la Manche s'était engagée à se rendre devant le tribunal de commerce
dans le cadre de la procédure dite de sauvegarde si aucun accord n'était conclu
avant mercredi minuit. Le groupe avait précisé auparavant que la circulation
ferroviaire dans le tunnel serait assurée, quelle que soit l'issue des
discussions.
Effacer la moitié de la dette
Les créanciers majoritaires du groupe Eurotunnel avaient accepté fin mai le
principe de l'effacement de la moitié de la dette, qui s'élève à 9 milliards
d'euros, dans le cadre d'un plan de refinancement présenté par la direction. Cet
accord incluait un plan de refinancement conclu avec Goldman Sachs, Macquarie
Bank, Barclays et AXA Private Equity, qui prévoit une réduction de la dette et
diluerait la participation des actionnaires actuels à 13%. Les créanciers
seniors, regroupés dans un comité ad hoc représentant plus de 50% de la dette du
groupe - qui s'élève à 6,2 milliards de livres (8,95 milliards d'euros) -,
avaient approuvé le 23 mai un accord préliminaire de restructuration.
Toutefois, les créanciers de rang plus modeste, qui détiennent environ 1,9
milliard de livres de créances, ont rejeté ces propositions et présenté un plan
alternatif soutenu par Deutsche Bank. L'accord des trois quarts des créanciers
"juniors" était nécessaire pour que le projet de restructuration présenté par
Eurotunnel soit maintenu.
"Bien que l'essentiel de ces demandes aient été satisfaites par un important
effort conjoint d'Eurotunnel et du comité ad hoc, les créanciers subordonnés,
emmenés par Deutsche Bank, ont rejeté cette dernière tentative d'arriver à un
accord consensuel avec l'ensemble des créanciers d'Eurotunnel", a souligné le
groupe. Le président d'Eurotunnel, Jacques Gounon, a fait part de son
incompréhension devant l'attitude de la Deutsche Bank. "Je ne comprends pas
comment une grande institution comme la Deutsche Bank a pu maintenir des
exigences déraisonnables sans apprécier la responsabilité qu'elle prenait
vis-à-vis des 2.300 salariés et 800.000 actionnaires d'Eurotunnel", a-t-il
souligné.
Délibéré au 25 juillet
Trois options sont maintenant envisageables: soit le tribunal refuse la
procédure de sauvegarde, qui permet d'éviter le dépôt de bilan, soit il
l'accepte, soit enfin il demande un complément d'informations avant de se
prononcer. La procédure de sauvegarde, inspirée du droit américain, permet à
l'entreprise de poursuivre son activité. Un médiateur est alors nommé pour
tenter de mettre d'accord les parties prenantes. Mais le tribunal a en tout état
de cause mis sa décision en délibéré jusqu'au 25 juillet.
Toute nouvelle, la procédure de sauvegarde prévue par la loi du 26 juillet 2005
est destinée à "faciliter la réorganisation de l'entreprise afin de permettre la
poursuite de l'activité économique, le maintien de l'emploi et l'apurement du
passif". Elle place l'entreprise sous observation et peut aboutir à un plan de
sauvegarde, gelant dans le même temps les droits des créanciers.
Cependant, le comité qui représente les créanciers principaux d'Eurotunnel
espère toujours une "solution consensuelle sur la restructuration financière" du
groupe franco-britannique, alors même que les négociations entre créanciers et
direction ont échoué dans la nuit. De leur côté, les créanciers minoritaires
représentés par l'association Arco, ont aussi indiqué vouloir reprendre "dans un
esprit constructif les discussions engagées afin de trouver une solution
consensuelle de restructuration financière" de l'exploitant du tunnel sous la
Manche. "Un dialogue constructif avec l'entreprise et avec le comité ad-hoc des
créanciers a enfin pu être engagé comme nous le demandions depuis plusieurs
mois", ont affirmé les porteurs d'obligations représentés par l'Arco.
"Liquidation"?
Jacques Gounon a déclaré cette après-midi: "J'appelle de mes voeux les
créanciers junior et les créanciers subordonnés à négocier (entre eux, Ndlr). Ca
ne concerne plus l'entreprise, cela ne sert à rien de me demander de négocier".
"C'est à l'ensemble des créanciers de se réunir entre eux", a-t-il ajouté. "Si
ce dernier appel n'est pas possible, Eurotunnel attendra le 25 juillet la
décision du Tribunal", a-t-il poursuivi, indiquant que si "fin septembre
Eurotunnel ne peut proposer de plan à l'Assemblée générale, il y aura
liquidation".
Il a estimé que le "délai incompressible" pour mettre en place une éventuelle
restructuration serait de "trois mois" si le Tribunal de commerce décidait fin
juillet de nommer un administrateur. Par ailleurs, il a dévoilé certains
éléments des dernières propositions de la direction aux créanciers obligataires,
considérant être allé "au-delà de ce qui était raisonnable". "Je me suis
beaucoup plus rapproché des propositions de la Deutsche Bank" que l'inverse,
a-t-il relevé. La banque allemande a, selon lui, "effectué une volte-face
incompréhensible". Jacques Gounon a d'ailleurs détaillé une partie des dernières
propositions faites par la direction d'Eurotunnel aux créanciers obligataires, à
savoir une réduction de la dette totale de 57% au lieu de 54%, "soit d'un peu
moins de 4 milliards d'euros ou 2,65 milliards de livres".
Rappelons qu'Eurotunnel s'est massivement endetté pour la construction du tunnel
sous la Manche, dont les coûts se sont révélés exponentiels. La mise en service
retardée des navettes et le trafic moins élevé qu'attendu n'ont fait qu'empirer
la situation.
latribune.fr
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