Dans un entretien à Boursier. com
du 15 décembre 2004 Pierre Cardo, qui vient de
démissionner du
conseil d'administration, reproche à la direction de ne pas avoir tenu au
courant le conseil d'administration de la nature exacte des contacts qu'elle
avait avec les créanciers.
Il souligne que les
administrateurs ont été élus le 7 avril sur un projet qui avait pour but de
redresser la situation d'Eurotunnel . " Ce n'est pas l'exploitation qui
permettra de résoudre ce problème! Il faut négocier de façon substantielle le
montant de la dette... La capacité de remboursement est de 3 Milliards d'euros,
la dette est de 9,6 MdsE. Et même dans l'hypothèse de la réussite du plan DARE,
on n'arrivera pas à 4MdsE. Aborder les discussions avec des créanciers sans
avoir engagé le fer avec eux, c'est un mauvais début des négociations".
Interrogé sur la façon dont
concrètement il voudrait que cela se traduise il répond "Les assigner en
justice! Ils s'appuient sur le droit de substitution en disant qu'il n'est pas
contestable. De même, concernant les crédits de stabilisation qui permettent,
depuis des années, à Eurotunnel d'éviter la cessation de paiement. On a donc,
sur le plan juridique, beaucoup de points qui peuvent être attaqués et qui
doivent l'être, quitte à ce que la négociation amène à retirer les procédures".
Il ajoute par ailleurs "Nous avons été élus pour aller au front et batailler
contre les créanciers, pas pour leur dresser le tapis rouge! Ce dossier ne se
règlera pas sans une bagarre".
Il souligne par ailleurs que "si
la direction admet le droit de substitution reconnu par l'Etat et par les
créanciers, cela veut dire que la durée de vie de la société se termine en 2007
au plus tard, même avec le plan DARE, puisqu'il faut plus de 270ME de cash flow
pour faire face. A partir de la, s'il n'y a plus que deux ans, comment
évalue-t-on la valeur des actifs sur la durée de la concession ou d'utilisation?
Si c'est selon les règles comptables, donc sur la durée d'utilisation, cela veut
dire que la valeur des actifs est inférieure à 1MdE face à plus de 9MdE de
dettes! Ce qui est un vrai problème juridique. Donc la situation justifie des
contentieux, on n'est pas sûrs de les gagner, mais les créanciers non plus."
A la question concernant
d'éventuelles collusions d'intérêts qui entourent ce dossier il répond "Quant
on sait que le
cabinet de conseil qui a été choisi et qui devait "terroriser"
les créanciers , travaille pour MBIA jusqu'en février ...il y a de quoi se poser
des questions. Quand on voit qu'Herbert Smith
est conseil juridique de Quinetiq"
Pierre Cardo insiste sur le fait
que "beaucoup trop de choses se passent dans le dos du Conseil
d'Administration et je ne peux l'accepter, je n'ai pas été élu pour ça."