NEGOCIATION ET ABUS DE MARCHE
Neuf cents salariés veulent quitter Eurotunnel , Christine Ducros , Le
Figaro
[01 octobre 2005]
C'est l'incroyable ruée hors du tunnel ! Près de 900 salariés
d'Eurotunnel, 475 Français et 400 Britanniques, sont candidats pour quitter
l'entreprise. Un exode bien supérieur à l'effectif prévu dans le plan social
de la direction, qui n'envisageait «que» 750 suppressions de postes. Les
temps changent. En juin, Jacques Gounon, alors en campagne auprès des
actionnaires pour prendre la tête d'Eurotunnel, affichait son intention de
réduire le plan social préparé par l'ancienne équipe du groupe. Peine
perdue.
Dans le cadre d'un accord de méthode, les salariés avaient donc jusqu'à hier
soir minuit pour se déclarer. Ils l'ont fait dans une proportion si
importante qu'ils ont surpris l'équipe de direction comme leurs
représentants syndicaux. L'appel du grand large continuait hier encore dans
la journée. «Vu le nombre important de salariés qui se sont déclarés dans
les dernières heures, reconnaît Stéphane Lepoutère, délégué FO de
l'entreprise, on devrait atteindre le chiffre de 500 personnes. C'est
beaucoup, surtout quand on connaît la situation économique de la région, qui
compte plus de 20% de chômeurs.» La direction, elle, joue la discrétion
jusqu'au 15 octobre prochain. Elle se donne 15 jours pour dire si elle
accepte ou non les départs. «Nous voulons vérifier que les gens ont un
projet de formation ou de reconversion sérieux avant de partir», plaide-t-on
dans l'entourage du président Jacques Gounon. Les syndicats craignent que
les retardataires – ceux qui se sont manifestés dans les derniers jours –
soient contraints de rester à leurs postes.
Enfin, la prime au départ n'est peut-être pas non plus étrangère à
l'engouement des salariés. Elle se compose d'abord d'une enveloppe de 28 000
euros pour chaque candidat, quels que soient son grade et son ancienneté.
Une somme est ensuite donnée à chacun en fonction de l'expérience et du
salaire passé (0,75% du douzième du salaire brut). S'y ajoute une indemnité
conventionnelle (équivalente à 5% du salaire brut par année d'ancienneté).
Un petit pactole pour qui veut ouvrir un commerce de proximité, le projet le
mieux partagé par la centaine de salariés qui sont déjà partis.