| Les créanciers devraient prendre le contrôle d'Eurotunnel
LONDRES (Reuters) - Eurotunnel a signé avec ses principaux créanciers un
protocole d'accord qui permettrait à ces derniers de s'assurer le
contrôle du capital de l'opérateur du tunnel sous la Manche,
déclare-t-on à Reuters de source proche du dossier.
Un tel accord devrait encore être soumis au vote des
800.000 actionnaires, qui se sont rebellés en 2004 en évinçant le
conseil d'administration du groupe franco-britannique dans son
intégralité.
Eurotunnel avait déjà annoncé le 2 février la
conclusion d'un accord avec des créanciers représentant plus de la
moitié de sa dette de 6,2 milliards de livres (10,80 milliards de
dollars), accord qui, selon des sources proches du dossier, se propose
d'effacer près de la moitié de la dette.
Si les créanciers exerçaient totalement leurs options
de conversion de la dette en fonds propres, ces derniers détiendraient
collectivement plus de 70% du capital, a précisé l'une des sources. La
dette serait ainsi ramenée à quelque 3,5 milliards de livres,
ajoute-t-on de même source.
"Les actionnaires seront substantiellement dilués",
a-t-on ajouté, puisqu'ils se retrouveraient avec moins de 30% des
actions du groupe.
Les décisions importantes relatives à un tel accord
sont également subordonnées à des discussions avec le gouvernement
français, dans le but de réunir un soutien financier sous quelque forme
que ce soit pour la société, selon une deuxième source.
A Bercy, un porte-parole a toutefois fait valoir que
"c'est un sujet qui concerne l'entreprise et ses créanciers".
Eurotunnel, dont le titre a clôturé mercredi stable à
0,45 euro, s'est refusé à tout commentaire.
OBJECTIFS MARS ET JUIN
Malgré le risque de dilution pour les actionnaires,
l'accord serait plus favorable que dans d'autres dossiers récents, comme
ceux des britanniques Jarvis et Telewest, où les actionnaires se sont
retrouvés avec 5% du capital, voire moins.
Fondé en 1987, Eurotunnel est confronté à une dette
massive depuis le percement très onéreux du tunnel sous la Manche. Après
son ouverture en 1994, il est vite apparu que l'édifice ne permettait
pas de dégager suffisamment de bénéfices pour permettre au groupe
d'honorer les intérêts de la dette.
Celle-ci en est maintenant à sa troisième
restructuration en dix ans. Eurotunnel a indiqué qu'il consacrerait le
mois de mars à tenter d'obtenir l'accord des créanciers restants au
troisième plan de restructuration, et qu'il chercherait à boucler le
dossier en juin lors d'une assemblée générale d'actionnaires.
Les négociations ont produit des montages financiers
si complexes que certains analystes et créanciers doutent toutefois
qu'un accord final puisse être trouvé en juin.
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