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Jacques Gounon : il est
possible d’aménager le plan actuel d’Eurotunnel
Eurotunnel a reporté hier le conseil d’arrêté des comptes 2005 qui devait se
tenir aujourd’hui, afin que les commissaires aux comptes puissent intégrer les
derniers éléments d’information relatifs à la restructuration financière. Après
la fronde menée par une partie des créanciers de l’exploitant du tunnel sous la
Manche, dénonçant l’accord préliminaire sur la restructuration de la dette de 9
Md €, le PDG Jacques Gounon, entend mobiliser ses administrateurs et obtenir
leur confiance pour définir les projets de résolution de l’assemblée générale du
12 juillet, et surtout arrêter les comptes 2005. En avril le conseil n’a pu le
faire, ls commissaires aux comptes ayant lancé une procédure d’alerte du fait de
leurs interrogations sur la poursuite de l’exploitation de l’entreprise face à
l’énormité de sa dette.
Aujourd’huyi, Jacques Gounon part avec un avantage. Le 30 mai il aété en mesure
de présenter un plan de restructuration "engageant ", signé par une majorité de
ses créanciers –le comité ad-hoc- et d’ores et déjà financé par Goldman Sachs et
Macquarie.
" Cette avancée pourrait être de nature à faire avancer la position des
commissaires aux comptes ", avance un administrateur.
Mais l'agitation menée par les créanciers les plus subordonnés, regroupés au
sein de l'Arco sous l'égide de Jean-Pierre Mattéi, l'ancien président du
tribunal de commerce de Paris, inquiète la direction d'Eurotunnel. Représentant
une majorité des obligataires, ils menacent de bloquer les discussions et
préparent un plan alternatif avec Deutsche Bank, qu'ils présenteront fin juin,
et défient le PDG d e s'y soumettre. Dans un entretien aux Echos,, ce dernier
met en garde ceux qu'il qualifie de "fonds vautours".
Le plan de restructuration de la dette proposé par Eurotunnel suscite la colère
des obligataires, qui prétendent avoir été éloigné des négociations. Comment
réagissez vous?
Il faut remettre les choses à leur place. Il ne s'agit pas à proprement parler
d'obligataires mais, pour la plupart, de créanciers très subordonnés qui ont
acheté de la dette avec une décote pouvant atteindre 95 %. Ce sont des "hedge
funds", qualifiés la plupart du temps de "fonds vautours". Pour participer aux
négociations il est nécessaire de signer un accord de confidentialité. Clos
Brothers, leur conseil, l'a fait, et nous lui avons donné accès à toutes les
données opérationnelles et financières du groupe. Mais les créanciers qu'il
représente n'ont pas signé cet accord, ce qui leur permet de continuer à
échanger de la dette sur le marché. Il leur appartient de régulariser cette
situation.
Ils proposent un plan alternatif qui pourrait compromettre celui d'Eurotunnel
signé par le comité ad hoc…
Nous avons eu des échos par la presse de plans alternatifs. Tout cela me
préoccupe, compte tenu de l'état d'urgence, car Eurotunnel est sous le coup
d'une procédure d'alerte déclenchée par les commissaires aux comptes. Je crains
que ces créanciers –qui ont déjà perçu plus de 700 d'euros millions d'intérêt
depuis 1988- ne cherchent qu'à gagner du temps pour s'assurer de toucher 20
millions d'intérêts à percevoir en septembre et en octobre, somme qu'ils ne
récupéreront pas si la restructuration est mise en œuvre comme prévu. Pour
clarifier la situation, j'ai écrit directement à Joseph Ackermann, PDG de
Deutsche bank, pour qu'il me précise ses intentions. Il vient de me répondre en
me confirmant qu'il demandait à ses collaborateurs de me présenter leurs vues.
Par ailleurs, Citygroup vient de me demander un rendez-vous. Je les recevrai
dans les prochains jours. J'espère que cela va mettre un point final à toute
cette agitation.
Certains tentent de convaincre le conseil du bien fondé de ce plan alternatif.
Les administrateurs vous soutiendront-ils ?
L'idée d'aller consulter un par un les administrateurs pour diviser le conseil
est une manœuvre médiocre et puérile qui pose un problème de gouvernance. Je me
demande si le but inavoué n'est pas de remettre en selle certains de mes
prédécesseurs jugés plus conciliants. Posons nous la question : à qui cela
profiterait-il ?
Ils ont malgré tout les moyens de faire échouer votre plan ?
Le faire échouer, je ne le pense pas, mais le retarder, oui. C'est un
comportement assez classique dans un schéma de restucturation. Ce type
d'intervenants est surnommé dans la finance anglo-saxonne les "bad boys". Leur
but est de faire en sorte que l'entreprise s'endette le plus possible pour
pouvoir toucher davantage d'intérêts. A vrai dire je ne suis pas surpris mais
j'aimerais savoir ce que représente réellement, en valeur de marché de la dette,
ceux qui font autant de bruit.
Quels sont les autres sujets importants aujourd'hui ?
L'arrêté des comptes 2005, que nous n'avons pu faire le 11 avril faute de
visibilité sur la continuité de l'exploitation du groupe. Du fait des accords du
23 mai avec le comité ad hoc des créanciers sur la restructuration de la dette,
et du30 mai avec goldman Sachs, Barclay et Macaqurie European Infrastructure
Fund sur le financement de l'opération, nous allons demander aux commissaires
aux comptes si, cette fois, ils peuvent accepter de certifier les comptes. Mais
si l'agitation créée par les créanciers subordonnés continue, je crains qu'ils
ne refusent à nouveau de les certifier. En clair, si aucun plan de
restructuration ne pouvait être mis en œuvre, le dépôt de bilan de rapprocherait
à grands pas. Je réaffirme avec force ma détermination à éviter cette procédure.
Mon seul objectif, c'est de sauver Eurotunnel.
Que comptez vous faire pour éviter cette situation ?
D'abord, notre position est solide comme le montre l'engagement de Goldman Sa
chs et Macquarie à apporter de l'argent frais (Barclays s'occupant du
refinancement). Je peux en outre vous révéler que d'autres établissements
français et anglais se sont déclarés intéressés à participer au financement des
titres hybrides. Ensemble ils pourraient souscrire 1.4 M € correspondant.
Quant aux créanciers subordonnés, je ne suis pas opposé à les intégrer dans les
négociations. Mais il ne pourra pas s'agir de remettre sur le tapis les vieilles
recettes de 2004 qui n'ont pas fonctionné, ou d'endetter plus la société. Le
niveau maximal de dette supportable est de 4.24 milliard et ne peut pas bouger.
En revanche il est possible d'aménager et d'ouvrir notre plan actuel. Nous
sommes prêts à tenir compte des revendications si elles sont raisonnables. Enfin
si les actionnaires valident le plan et si malgré tout l'opposition des
créanciers très subordonnée persiste, j'ai déjà évoqué le recours aux tribunaux
anglais, car nos accords de crédit relèvent du droit britannique. Le juge aura
alors à convaincre ou à contraindre les créanciers de manière à assurer la
survie de l'entreprise.
En ce qui concerne les actionnaires, le plan mentionne une dilution qui pourrait
aller jusqu'à 87 %…
Par honnêteté, j'ai voulu décrire le pire des scénarios, qui n'est pas le plus
probable. L'accord que nous avons signé avec le comité ad hoc, totalement
financé, sécurise l'avenir de l'entreprise. Au cours des trois prochaines années
il n'y aura aucune dilution. Il s'agit du temps nécessaire, fondé sur des
hypothèses réalistes, pour que la société améliore ses performances et soit en
mesure de racheter une partie des titres hybrides, limitant ainsi la dilution.
Pendant ce temps, le cours de bourse d'Eurtunnel pourrfa évoluer.
On trouvera toujours quelqu'un pour contester cette solution mais elle est
nécessaire pour éviter une restructuration dans cinq ou dix ans. Il ne s'agit
pas d'une mesure en trompe-l'œil comme le plan mis en œuvre en 1998. Je ne
jouerai pas ce jeu.
Propos recueillis par Claude Barjonet et Claire Gatinois.
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