VIE DES AFFAIRES

8 JUIN 2006 GOUNON PRET A AMENAGER SON PLAN


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Jacques Gounon : il est possible d’aménager le plan actuel d’Eurotunnel

Eurotunnel a reporté hier le conseil d’arrêté des comptes 2005 qui devait se tenir aujourd’hui, afin que les commissaires aux comptes puissent intégrer les derniers éléments d’information relatifs à la restructuration financière. Après la fronde menée par une partie des créanciers de l’exploitant du tunnel sous la Manche, dénonçant l’accord préliminaire sur la restructuration de la dette de 9 Md €, le PDG Jacques Gounon, entend mobiliser ses administrateurs et obtenir leur confiance pour définir les projets de résolution de l’assemblée générale du 12 juillet, et surtout arrêter les comptes 2005. En avril le conseil n’a pu le faire, ls commissaires aux comptes ayant lancé une procédure d’alerte du fait de leurs interrogations sur la poursuite de l’exploitation de l’entreprise face à l’énormité de sa dette.
Aujourd’huyi, Jacques Gounon part avec un avantage. Le 30 mai il aété en mesure de présenter un plan de restructuration "engageant ", signé par une majorité de ses créanciers –le comité ad-hoc- et d’ores et déjà financé par Goldman Sachs et Macquarie.
" Cette avancée pourrait être de nature à faire avancer la position des commissaires aux comptes ", avance un administrateur.
Mais l'agitation menée par les créanciers les plus subordonnés, regroupés au sein de l'Arco sous l'égide de Jean-Pierre Mattéi, l'ancien président du tribunal de commerce de Paris, inquiète la direction d'Eurotunnel. Représentant une majorité des obligataires, ils menacent de bloquer les discussions et préparent un plan alternatif avec Deutsche Bank, qu'ils présenteront fin juin, et défient le PDG d e s'y soumettre. Dans un entretien aux Echos,, ce dernier met en garde ceux qu'il qualifie de "fonds vautours".

Le plan de restructuration de la dette proposé par Eurotunnel suscite la colère des obligataires, qui prétendent avoir été éloigné des négociations. Comment réagissez vous?
Il faut remettre les choses à leur place. Il ne s'agit pas à proprement parler d'obligataires mais, pour la plupart, de créanciers très subordonnés qui ont acheté de la dette avec une décote pouvant atteindre 95 %. Ce sont des "hedge funds", qualifiés la plupart du temps de "fonds vautours". Pour participer aux négociations il est nécessaire de signer un accord de confidentialité. Clos Brothers, leur conseil, l'a fait, et nous lui avons donné accès à toutes les données opérationnelles et financières du groupe. Mais les créanciers qu'il représente n'ont pas signé cet accord, ce qui leur permet de continuer à échanger de la dette sur le marché. Il leur appartient de régulariser cette situation.

Ils proposent un plan alternatif qui pourrait compromettre celui d'Eurotunnel signé par le comité ad hoc…
Nous avons eu des échos par la presse de plans alternatifs. Tout cela me préoccupe, compte tenu de l'état d'urgence, car Eurotunnel est sous le coup d'une procédure d'alerte déclenchée par les commissaires aux comptes. Je crains que ces créanciers –qui ont déjà perçu plus de 700 d'euros millions d'intérêt depuis 1988- ne cherchent qu'à gagner du temps pour s'assurer de toucher 20 millions d'intérêts à percevoir en septembre et en octobre, somme qu'ils ne récupéreront pas si la restructuration est mise en œuvre comme prévu. Pour clarifier la situation, j'ai écrit directement à Joseph Ackermann, PDG de Deutsche bank, pour qu'il me précise ses intentions. Il vient de me répondre en me confirmant qu'il demandait à ses collaborateurs de me présenter leurs vues. Par ailleurs, Citygroup vient de me demander un rendez-vous. Je les recevrai dans les prochains jours. J'espère que cela va mettre un point final à toute cette agitation.

Certains tentent de convaincre le conseil du bien fondé de ce plan alternatif. Les administrateurs vous soutiendront-ils ?
L'idée d'aller consulter un par un les administrateurs pour diviser le conseil est une manœuvre médiocre et puérile qui pose un problème de gouvernance. Je me demande si le but inavoué n'est pas de remettre en selle certains de mes prédécesseurs jugés plus conciliants. Posons nous la question : à qui cela profiterait-il ?

Ils ont malgré tout les moyens de faire échouer votre plan ?
Le faire échouer, je ne le pense pas, mais le retarder, oui. C'est un comportement assez classique dans un schéma de restucturation. Ce type d'intervenants est surnommé dans la finance anglo-saxonne les "bad boys". Leur but est de faire en sorte que l'entreprise s'endette le plus possible pour pouvoir toucher davantage d'intérêts. A vrai dire je ne suis pas surpris mais j'aimerais savoir ce que représente réellement, en valeur de marché de la dette, ceux qui font autant de bruit.

Quels sont les autres sujets importants aujourd'hui ?
L'arrêté des comptes 2005, que nous n'avons pu faire le 11 avril faute de visibilité sur la continuité de l'exploitation du groupe. Du fait des accords du 23 mai avec le comité ad hoc des créanciers sur la restructuration de la dette, et du30 mai avec goldman Sachs, Barclay et Macaqurie European Infrastructure Fund sur le financement de l'opération, nous allons demander aux commissaires aux comptes si, cette fois, ils peuvent accepter de certifier les comptes. Mais si l'agitation créée par les créanciers subordonnés continue, je crains qu'ils ne refusent à nouveau de les certifier. En clair, si aucun plan de restructuration ne pouvait être mis en œuvre, le dépôt de bilan de rapprocherait à grands pas. Je réaffirme avec force ma détermination à éviter cette procédure. Mon seul objectif, c'est de sauver Eurotunnel.

Que comptez vous faire pour éviter cette situation ?
D'abord, notre position est solide comme le montre l'engagement de Goldman Sa chs et Macquarie à apporter de l'argent frais (Barclays s'occupant du refinancement). Je peux en outre vous révéler que d'autres établissements français et anglais se sont déclarés intéressés à participer au financement des titres hybrides. Ensemble ils pourraient souscrire 1.4 M € correspondant.
Quant aux créanciers subordonnés, je ne suis pas opposé à les intégrer dans les négociations. Mais il ne pourra pas s'agir de remettre sur le tapis les vieilles recettes de 2004 qui n'ont pas fonctionné, ou d'endetter plus la société. Le niveau maximal de dette supportable est de 4.24 milliard et ne peut pas bouger. En revanche il est possible d'aménager et d'ouvrir notre plan actuel. Nous sommes prêts à tenir compte des revendications si elles sont raisonnables. Enfin si les actionnaires valident le plan et si malgré tout l'opposition des créanciers très subordonnée persiste, j'ai déjà évoqué le recours aux tribunaux anglais, car nos accords de crédit relèvent du droit britannique. Le juge aura alors à convaincre ou à contraindre les créanciers de manière à assurer la survie de l'entreprise.

En ce qui concerne les actionnaires, le plan mentionne une dilution qui pourrait aller jusqu'à 87 %…
Par honnêteté, j'ai voulu décrire le pire des scénarios, qui n'est pas le plus probable. L'accord que nous avons signé avec le comité ad hoc, totalement financé, sécurise l'avenir de l'entreprise. Au cours des trois prochaines années il n'y aura aucune dilution. Il s'agit du temps nécessaire, fondé sur des hypothèses réalistes, pour que la société améliore ses performances et soit en mesure de racheter une partie des titres hybrides, limitant ainsi la dilution. Pendant ce temps, le cours de bourse d'Eurtunnel pourrfa évoluer.
On trouvera toujours quelqu'un pour contester cette solution mais elle est nécessaire pour éviter une restructuration dans cinq ou dix ans. Il ne s'agit pas d'une mesure en trompe-l'œil comme le plan mis en œuvre en 1998. Je ne jouerai pas ce jeu.

Propos recueillis par Claude Barjonet et Claire Gatinois.
 

 

 

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