| La Tribune - article du
09/05/03 Christian Cambier "Eurotunnel a besoin d'un
actionnaire industriel"
Pour le patron du fonds Valfrance,
seuls un changement de président et une nouvelle stratégie peuvent
relancer le cours du titre. A l'assemblée générale, le 15 mai, il votera
contre toutes les résolutions présentées par le conseil
d'administration, sauf la nomination de François Jaclot.
La Tribune : Vous avez soumis plusieurs projets de
résolutions à l'assemblée générale d'Eurotunnel du 15 mai. Quel est
votre objectif ?
Christian Cambier * : Il faut absolument relancer le chiffre
d'affaires d'Eurotunnel. Cela nécessite de faire la paix avec la
SNCF pour développer le trafic ferroviaire dans le tunnel. Pour y
parvenir, je suggère de faire entrer un partenaire industriel au
capital, même s'il est minoritaire. Pour l'instant, Charles Mackay,
le président d'Eurotunnel, ne veut pas entendre parler d'adossement.
Mais il n'a pas le pouvoir ! Le capital d'Eurotunnel est en effet
complètement éclaté. Les actionnaires minoritaires, en se
regroupant, peuvent donc devenir majoritaires. C'est ce que nous
cherchons à faire.
Combien d'actionnaires fédérez-vous autour de
votre projet ?
J'espère rassembler 10 à 12 % du capital lors de l'assemblée
générale. Je reçois tous les jours des pouvoirs d'actionnaires
particuliers, mais aussi de certains gérants. Ils devraient me
permettre de représenter directement environ 5 % du capital.
Pour le reste, tout dépend de la position des autres
actionnaires. Mais je suis confiant. Il est possible de prendre
le pouvoir.
Comment allez-vous voter à l'assemblée générale ?
Je vais voter contre toutes les résolutions présentées par le
conseil d'administration, sauf une. Celle nommant François
Jaclot, ancien directeur général de Suez, au poste
d'administrateur. Par ailleurs, je voterai pour les résolutions
inscrites à ma demande. Il n'en reste malheureusement que deux :
le conseil d'administration a jugé irrecevables quatre de mes
projets. J'attends d'ailleurs une réponse de la Commission des
opérations de Bourse (COB) sur ce point. Deux autres résolutions
proposaient la nomination de deux nouveaux administrateurs,
Stéphane Caine, directeur chez Vivendi Environnement, et David
Azéma, directeur général de Vinci Concessions.
Malheureusement,
ils ont eux-mêmes retiré leur candidature sous des pressions
extérieures. Seront donc soumises au vote des actionnaires deux
résolutions proposant, pour l'une, la diminution des jetons de
présence des administrateurs, et d'autre part, ma nomination au
conseil. J'ai par ailleurs préparé une liste de vingt-quatre
questions écrites auxquelles le conseil d'administration va
devoir répondre. Vous le voyez : je suis déterminé à faire
évoluer ce dossier.
Quel est votre objectif à court terme ?
Je ne veux pas bouleverser l'entreprise dans son ensemble mais
seulement changer le président pour donner une nouvelle
orientation à la société. Il n'est pas impossible qu'un avocat
demande, lors de l'assemblée, à révoquer quelques membres du
conseil d'administration dans ce but.
Votre fonds Valfrance est investi à 8,3 % en titres Eurotunnel.
Le cours de la valeur évolue aux environs de 0,45 euro, en
baisse de 28 % depuis le début de l'année. Cette position
sert-elle vraiment l'intérêt de vos clients ?
Je suis un investisseur de long terme. Mais dans le cas
d'Eurotunnel, j'ai jugé qu'on pouvait accélérer le mouvement.
Mes clients n'en pâtissent pas. J'ai acheté les titres, dans
Valfrance, au début de l'année, pour un prix de revient
d'environ 0,50 euro par titre. Je crois même que l'effervescence
sur ce dossier a soutenu le cours de Bourse ces dernières
semaines. Si je réussis, le cours va monter vers mon objectif de
1 euro par titre. En revanche, si j'échoue à changer la
direction du groupe, le cours ne devrait pas beaucoup bouger. Et
dans ce cas, je chercherai moi-même un opérateur industriel avec
le concours d'une banque d'affaires. Ce groupe pourra entrer au
capital en achetant des titres directement sur le marché. A
l'inverse, si une nouvelle direction cherchait d'elle-même à
adosser le groupe, l'opération se ferait plutôt à la faveur
d'une augmentation de capital.
* Christian Cambier est Président de Prigest.
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