FINANCIARISATION DE
L'ECONOMIE ET CAPITALISME FINANCIER
Le mouvement de financiarisation des années 1980-1990
marque un mouvement de défiance à l'égard des managers. La
financiarisation est au profit de repreneurs qui achètent des actions
avec effet de levier, mais qui ne sont qu'actionnaires temporairement et
sans ce que l'on appelle l'"affectio societatis".
La financiarisation de
l'économie est l'importance grandissante du recours au financement par
endettement des agents économiques. Cette financiarisation se traduit par
une augmentation notable de la part des activités financières dans le PIB
des pays développés. La valorisation des actifs se fait en fonction
des valorisations par les marchés financiers . Les revenus des activités des
activités de services dans la banque, l'assurance et les placements sont
d'importance croissante, et les seuls primes des banquiers se chiffrent en
milliards de dollars. L'ingénierie financière multiplie les types d'actifs
financiers, les sommes en cause deviennent colossales, et si les profits
sont énormes, il en est de même des pertes, les risques paraissant devenir
hors de contrôle dans le cadre des dérapages et dérives financières.
La financiarisation de l'économie a été fortement
accélérée par deux facteurs : l'un est le développement des financements
internationaux et l'autre est la politique fiscale des Etats pour attirer
les liquidités internationales.
Le développement des financements internationaux s'est
fait dans le cadre de la mondialisation de l'économie mais en raison en
particulier du développement des petro-dollars à la suite de l'augmentation
des recettes pétrolières des pays exportateurs de pétrole. Cette abondance
de liquidités qui a marqué la deuxième moitié des années 1970 s'est en
particulier renouvelé dans les années 2000.
La libre circulation des
capitaux devient la règle , mais au delà de cette libéralisation, les états
cherchent à attirer les flux de capitaux internationaux. Pour attirer ces liquidités les états ont mis en place
une défiscalisation partielle ou totale des versements d'intérêts à des
prêteurs étrangers. Il suffit alors que localiser le titulaire de la dette
en zone défiscalisée ou à faible fiscalité pour mettre en place un
financement dont le coût est déductible par l'emprunteur, à la différence de
la rémunération des fonds propres, et qui n'est pas fiscalisé ou l'est
faiblement. Le traitement fiscal de la dette a conduit au développement des
opérations dites à effet de levier.
En France les nécessités de
financement et l'appel aux capitaux internationaux se sont traduits par la
réforme du marché financier qui a fait l'objet d'une déréglementation. Il
s'agit d'encourager l'épargne en titres (obligations et actions) sous forme
d'exemptions fiscales (Plan Delors de 1982). Un second marché est créé en
1984. Mais surtout il s'agit des réformes de 1984-1985 avec la
simplification de l'accession au marché obligataire et la possibilité pour
les entreprises d'émettre du papier commercial. Le MATIF est créé.
L'investissement étranger qui est facilité par la levée progressive du
contrôle des changes entre 1984 et 1990 est libéralisé, le financement
obligataire est de plus favorisé avec une loi supprimant en 1984 l'impôt sur
les intérêts payés par les investisseurs non résident. Le marché des
eurofrancs est réouvert en 1984, et les entreprises peuvent ainsi émettre
des obligations libellées en francs hors de France. Les entreprises sont
autorisées à acheter des produits dérivés.
L'ingénierie financière a été mise à contribution pour
développer des formes de dette qui confèrent au détenteur de la dette des
pouvoirs qui sont ceux normalement de l'actionnaire, avec un degré moindre
de risque et une rémunération qui bénéficie d'un traitement fiscal beaucoup
plus favorable. Les quasi-fonds propres sont traités fiscalement comme de la
dette.
Par ailleurs la désintermédiation a transféré une part
importante du rôle de financement aux marchés financiers. Les opérations de
financement se font sur les marchés et les capitaux fournis ne résultent pas
de la transformation de dépôts collectés par les banques.
Si les techniques
financières rendent floue la distinction entre la dette et les capitaux
propres, une différence essentielle reste : le détenteur d'une dette,
fut-elle qualifiée de quasi-fonds propre, peut déclencher une cessation de
paiements, ce qui n'est pas le cas de l'actionnaire. Les capitaux d'emprunt
et les capitaux propres conservent donc un degré de risque différent pour
l'entreprise financée. Si des formes de ce que nous avons appelé un
Nouveau Capital se sont développées, il convient de souligner que le capital
financier représente un risque fondamental pour l'entreprise, à la
différence des véritables capitaux propres.
FINANCIARISATION DE L'ECONOMIE ET MARCHES FINANCIERS
Par ailleurs la
financiarisation de l'économie traduit le développement des
marchés financiers qui au delà de
ce que l'on continue à qualifier d'économie réelle traduit la création
d'une sphère marchande où s'échangent des produits financiers qui ne
sont pas rattachés aux activités de production, de commercialisation ou
de consommation. C'est le cas en particulier de tous les
produits dérivés avec le
développement de marchés dérivés et la
création d'une économie dérivée de la réalité économique. Elle en est
dissociée dans la mesure où elle ne repose plus sur les opérations
économiques, mais son impact sur l'économie est en revanche très réel.
Elément qui a un effet dopant sur l'économie, elle peut en revanche lui
infliger des dommages sérieux, sinon fatals. Les risques sont à la
mesure de la taille colossale de ces marchés financiers et les dérapages
et dérives sont susceptibles de créer des crises majeures, comme
celle des subprimes, et potentiellement un risque systémique.