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LES
ACTIONNAIRES D'EUROTUNNEL ET LA RESTRUCTURATION FINANCIERE
LES ACTIONNAIRES
HISTORIQUES D'EUROTUNNEL
RESTRUCTURATION ET ABUS DE MARCHE
L’actionnaire
d’Eurotunnel est très majoritairement un actionnaire individuel, et les
actionnaires individuels sont essentiellement français. En France, la culture
boursière ne s’est pas développée , à la différence de l’Angleterre ou des Etats
Unis, car les placements en bourse restent entachés des stigmates de
l’assimilation de la bourse à un lieu de vil spéculation.
L’actionnaire individuel français va donc investir lorsqu’il s’agit d’un grand
projet constituant une réalisation technique et d’envergure international. Il
investira donc dans le canal de Suez, dans celui de Panama et enfin dans le
Tunnel sous la Manche. Les dimensions techniques et internationales le
dédouanent de la honte qu’il aurait normalement à « boursicoter ».
S’il intervient ainsi sur un marché boursier, ce n’est pas qu’il joue le jeu du
marché. Les projets dans lesquels il investit sont des projets interétatiques et
l’actionnaire individuel français fait foncièrement confiance à l’état. Il est
bien évident que les politiques sont ravis de cette confiance, qui leur permet
de mobiliser volontairement l’épargne des citoyens dans des projets que les
gouvernements ne veulent pas lancer eux –mêmes . Les politiques et les banquiers
qui lancent le projet en faisant appel à l’investissement privé savent
parfaitement que les projets ne sont pas rentables, mais bien entendu ils disent
l’inverse au public.
L’actionnaire individuel français s’est ainsi lancé dans l’aventure
d’Eurotunnel, alors que les banques anglaises et la presse économique anglaise
dissuadait le public anglais d’investir, si ce n’est pour les avantages
tarifaires.
L’actionnaire individuel français n’agissant pas par rationalité économique va
ensuite continuer avec des réactions purement subjectives, que les promoteurs du
projet vont ensuite exploiter. Plus le projet va mal, plus l’actionnaire
individuel d’Eurotunnel veut sauver « son » Tunnel. Eurotunnel est en état de
quasi faillite permanente mais l’actionnaire individuel se mobilise pour
satisfaire les demandes des constructeurs, qui multiplient les surcoûts , et se
laisse bercer par les améliorations des prévisions de recettes qui accompagnent
les augmentations des coûts. Il fait confiance en 1990, il fait à nouveau
confiance en 1994.
Lorsque les prévisions de recettes s’avèrent manifestement exagérées,
l’actionnaire individuel d’Eurotunnel va encore faire confiance. Dilué à 45% ,
il s’attache plus que jamais à son Tunnel. Pour cela il va remettre autant
d’argent frais en achetant les actions résultant de la conversion de créances
impayables qu’il en a mis en souscrivant à des augmentations de capital. Si le
cours de TNU plonge, ruinant de nombreux actionnaires individuels, la
capitalisation boursière de TNU s’accroit encore et atteint des sommets. Il
suffit de remplacer périodiquement les dirigeants pour qu’une nouvelle lune de
miel se développe avec les nouveaux dirigeants. Il suffit que ces nouveaux
dirigeants expliquent que les anciens dirigeants avaient failli à leur tâche
pour que les nouveaux soient des sauveurs.
L’actionnaire individuel français d’Eurotunnel est en effet un affectif. Il aime
son Tunnel, il adore Tutu . On ne peut critiquer les dirigeants (actuels)
d’Eurotunnel sans être un anti-Tutu.
Mais finalement la révolte gronde, les mises en examen témoignent des tromperies
des dirigeants. Alors les créanciers et les banquiers vont à nouveau utiliser la
fidélité crédule des actionnaires individuels. Ils manipulent la composition de
l’équipe dite d’alternance pour que plus les choses changent, plus elles restent
les mêmes. La meilleure façon de faire accepter une nouvelle restructuration qui
pour la deuxième fois lessive les actionnaires est de la faire passer par une
direction prétendument issue de la révolte des actionnaires.
Alors un pourfendeur de banksters est utilisé par les banksters pour mettre deux
mercenaires à la tête de TNU, avec l’alibi d’une association de défense des
actionnaires d’Eurotunnel. Et quant leur collusion avec les créanciers devient
trop apparente, on fait un nouveau changement . Et on mobilise par ailleurs
l’égérie des actionnaires.
Et les actionnaires individuels sont de nouveaux appelés à la confiance. Et plus
leur confiance a été trompée, moins ils veulent qu’on leur dise de se méfier.
S’ils jouaient le jeu de la bourse, ils auraient utilisé le SRD et les dérivés
pour se refaire par des VAD. Mais non une telle stratégie est sacrilège. Seuls
les institutionnels vadent, et les pourfendeurs de banksters habilement
prétendent que si le cours baisse, c’est pour priver les « petits » de la pépite
qu’est l’action TNU. Et plus le cours baisse, plus l’actionnaire achète, en se
disant qu’il baisse son PRU alors qu’il diminue sa perte relative mais qu’il
augment son niveau absolu de perte.
Et si le cours, après avoir atteint un plancher difficile à percer, remonte en
gagnant quelques centimes d’euros qui font une progression relative
impressionnante, le dirigeant est confirmé dans son rôle de sauveur. Même si
ensuite le cours est suspendu, la société en procédure d’alerte et le plan de
dernière chance la dernière spoliation avant dilution homéopathique.
Et l’actionnaire individuel de TNU bien entendu considère que ceux qui lui
disent la vérité ne sont que des anti-tutu, des affreux et des êtres négatifs.
On ne peut dire la vérité sur TNU à un actionnaire individuel français de TNU.
Il faut au moins dorer la pilule. On ne peut prédire une évolution négative du
cours de TNU, et bien entendu on ne peut critiquer le dirigeant, même et surtout
si la vérité est évidente. Il s’agit d’un blasphème. Jacques Gounon a axé sa
communication presse grand public sur cette attitude de l'actionnaire
individuel.
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