Les crises des marchés financiers qui se succèdent depuis une
trentaine d'années traduisent les dangers d'une innovation financière,
accompagnée d'une créativité comptable qui donnent naissance dans une période
d'abondance de liquidités à des bulles qui dopent l'économie mais de façon
artificielle. Pour attirer les liquidités les inventions financières se
multiplient, mais la démesure d'opérations qui par ailleurs ne sont pas
maitrisées ni contrôlées , mine la santé de l'économie. La crise des marchés
financiers s'accompagne de crises monétaires et d'une évolution du cours des
matières premières qui fait ressortir le spectre de famines à grande échelle.
Les crédits souverains
Dans la seconde moitié des années 1970 le choc pétrolier
avait donné naissance à une abondance de liquidité dont il était dit qu'elles
constituaient un danger tant il y avait un excédent de liquidité. Il s'en est
suivi une débauche de prêts sous forme d'eurocrédits et d'euro-émissions.
Ces prêts ont été accordés de façon inconsidérés aux pays dits en voie de
développement.
Ces crédits étaient accordés sur la base d'une assimilation
du risque sur pays souverain à un risque de première qualité, avec l'hypothèse
annexe que les crédits généreraient en tout état de cause les capacités de
remboursement. L'octroi de ces prêts permettait de financer l'activité des
entreprises de travaux publics , des constructions d'usines et des
développements immobiliers et touristiques et ainsi de dynamiser les entreprises
des pays qui octroyaient les crédits. Par le biais du développement des
techniques de financement de projet et grâce aux crédits ainsi accordés pour les
projets, les entreprises promotrices des projets échappaient aux risques
d'échec.
La crise des prêts aux PVD
De très nombreux projets financés par les crédits
internationaux ont été des échecs et les projets d'infrastructure n'avaient bien
entendu aucune rentabilité propre. L'incapacité de nombreux pays à rembourser
les crédits qui leur avaient été consentis à fait que de très nombreuses banques
internationales et en particulier des banques américaines ont accumulé des prêts
non performants. La valeur des actifs des banques était ainsi largement
remise en cause.
Plan Brady et Bad Bank
De cette époque sont nées diverses innovations
financières et en particulier les techniques de séparation des banques en deux,
la bad bank et la good bank , les techniques de rehaussement de crédit.et
les techniques de titrisation . Il s'agissait d'assainir les bilans des banques,
en séparant les activités gangrenées, en permettant de réaliser les actifs et en
externalisant les risques.
Le développement de l'immobilier et des LBO
Pour doper l'économie, les prêts à l'immobilier et aux
entreprises se sont substitués aux prêts aux PVD. Les Savings & Loan,
institutions financières de financement de l'épargne à des fins immobilières ,
ont eu une politique laxiste de prêt. Par ailleurs l'endettement des
entreprises, et des fonds de reprise d'entreprise, a explosé en particulier sur
la base du développement des junk bonds. Le promoteur de cette technique, Milken,
avait affirmé que l'étude statistique des défaillances d'entreprises ayant émis
des obligations démontrait que les entreprises dont le risque de crédit était
considéré comme élevé n'avaient pas un taux de défaillance substantiellement
plus élevé que les entreprises de bon standing de crédit . Ces entreprises
payant un taux d'intérêt reflétant le risque perçu, si le risque réel était très
inférieur , leurs obligations, les junk bonds, ne pouvaient qu'être profitables.
Les émissions d'obligations répondant aux caractéristiques des junk bonds se
sont largement développées et ont suscité le développement des opérations de LBO.
La crise des Savings & Loan et la faillite de Drexel
Burnham Lambert
La fin des années 1980 a vu les difficultés des Savings &
Loan qui ont exigé un très lourd effort des autorités fédérales américaines. Le
plan de sauvetage a mobilisé 150 milliards$ d'argent public.
Elle a vu par ailleurs le
scandale Boesky et la faillite de
Drexel Burhnam Lambert, le plus gros opérateur sur le marché des junk bonds.
Il est en effet apparu que le succès des opérations de Milken et d'Ivan Boesky
étaient du aux informations privilégiées et non à la réalité de la martingale
des junk bonds.
Arbitrage et mathématiques financières
Des fonds d'investissement s'étaient développés sur la base
de théories selon lesquels les techniques d'arbitrage et l'utilisation de
mathématiques financières permettraient de faire des opérations très
rémunératrices mais sans risque, avec une nouvelle martingale. Utilisant de
forts effets de levier, ces techniques d'investissement reposaient sur des
endettements massifs. Les promoteurs de ces théories, grâce auxquelles ils
ont eu un Prix Nobel d'économie, ont mis en application leurs théories dans un
fonds LTCM. La quasi- faillite du fonds LTCM du fonds en 1998 , au delà
des pertes de quelques milliards pour les investisseurs, a coûté près de 100
milliards à l'économie
L'économie virtuelle, Enron et la bulle internet.
Société de
l'information, entreprise virtuelle, dot.com virent le développement
de sociétés qui étaient d'autant plus valorisées qu'elles
accumulaient les pertes. Le développement des techniques
d'ingénierie financière en matière de déconsolidation et de dérivés
de crédit, associée à la bulle de développement de l'économie
virtuelle se traduisit par le scandale Enron. Puis 2000 vit
l'explosion de la bulle internet.
Les subprimes et
la nouvelle bulle immobilière
Alors que la
mondialisation se traduisait par les délocalisations, le dopage de
l'économie par l'immobilier ne présentait pas ce risque. Une
politique de relaxation de critère d'octroi des prêts hypothécaires
alimenta une hausse des prix de l'immobilier qui dynamisa l'économie
américaine. Le sentiment d'enrichissement des accédants à la
propriété et généralement l'augmentation des prix de l'immobilier
encouragea fortement la consommation. L'utilisation des techniques
d'ingénierie financière avec les asset backed securities et
CDO's étaient censés à nouveau réduire le risque, compte tenu
de la valorisation des actifs titrisés, de la garantie des
rehausseurs de crédit dont le crédit est basé sur la seule notation
des agences de notation, tout en offrant le rendement de crédits à
haut risque. On retrouvait les martingales des bulles précédentes.
La crise des subprimes ébranle le dollar et menace les marchés
financiers, compte tenu en particulier de la démesure des effets de
levier utilisés.