VIE DES AFFAIRES

RESTRUCTURATION ET ABUS DE MARCHE


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NEGOCIATION ET INFORMATION FINANCIERE   L'ACTIONNAIRE D'EUROTUNNEL

AUGMENTATIONS DE CAPITAL  EVOLUTION DE LA CAPITALISATION BOURSIERE   EVOLUTION DES FONDS PROPRES ET DE L'ENDETTEMENT

RESTRUCTURATION DE 1998 ET MARCHE DE LA DETTE


Dès avril  1995 le produit de l'augmentation de capital avait été absorbé et la société est en état virtuel de cessation de paiements. En février 1996 lorsque 'une procédure de médiation sera ouverte, la  dette s’échangeait  à 35% du pair .

La restructuration sera faite avec un abandon minime de créances.

En 1998 la capitalisation boursière d’Eurotunnel est d’environ 1.800 Millions €. avec un cours légèrement supérieur à 1€. Alors que les instruments de quasi-fonds propres ajoutés à la dette d'Eurotunnel excèdent manifestement la valeur d'entreprise, cette capitalisation boursière est la traduction en particulier d'une valorisation des actifs sur la base de coûts qui ne peuvent être rentabilisés, car provenant de surcoûts de construction et de frais financiers au delà d'un investissement qui à son juste prix serait déjà absorbé totalement par la dette et les instruments de quasi-fonds propres

Les levées de fonds propres sont de 2.970 Millions € depuis la restructuration de 1998  et les apports cumulés en fonds propres sont de 5.931 Millions€ dont  4.207 Millions € depuis 1994.  Par ailleurs Eurotunnel va utiliser sa trésorerie pour payer des créances.

En février 1999 Eurotunnel utilise sa trésorerie pour racheter des obligations participantes. (PLN)  67 Millions€  (353 millions de F)de cash sont utilisés pour racheter 206 Millions€ de PLN et 2 Millions € de stabs.( avances de stabilisation ).  Certes cette dette est très décotée mais le fait de consacrer  la trésorerie au rachat d'une dette qui ne peut être remboursée est utilisé pour prétendre qu'il y a un assainissement de la situation financière d'Eurotunnel. en vidant effectivement la société de ses fonds propres.

Le 11 mai 1999, en vertu des autorisations données par les assemblées d'actionnaires d'ESA et d'EPLC du 6 mai 1999  , il a été procédé au remboursement anticipé sur la base de 1 unité pour 1,3 ORU, de 188 108 597 ORU par émission de 146 698 901 Unités nouvelles.

En octobre 1999 250 millions d’actions sont émises (Thomas rights issue)  pour racheter des Avances révisables pour 294 Millions €, des PLN’s pour 161 Millions € et des avances de stabilisation pour 24 Millions €.  L’opération implique le paiement en cash de 216,2 Millions € et elle est présentée comme une réduction de dette de 478 Millions €.

Le 17 juillet 2002, en vertu des autorisations données par les assemblées d'actionnaires du 30 mai 2002, il a été procédé au remboursement anticipé sur la base de 1,01 unité pour 1 ORU, de 275 547 040 ORU par émission de 278 302 491 Unités nouvelles.

En juillet 2002 l’opération FLF 2 se traduit par la création de 584 Millions € de dette junior Tier 1A,  le rachat anticipé de 580 Millions € d’ORU, le rachat de 908 Millions € d’Avances révisables   et pour réduire les  avances de stabilisation de 364 Millions €. L’opération qui coûte 32,1 Millions € est présentée comme une réduction de dette de 688 Millions€.

 

REFINANCEMENT SUR LES MARCHES FINANCIERS ET MONTAGES FINANCIERS

Les actions d'Eurotunnel sont cotées sur divers marchés boursiers, alors que la dette résultant du refinancement mis en place par la restructuration et par les montages ultérieurs est principalement un financement par les marchés financiers qui s'est substitué aux crédits bancaires syndiqués.

Sur les marchés boursiers les détenteurs d'actions sont principalement (à 68%) des actionnaires individuels. Ces actionnaires individuels, particulièrement nombreux puisqu'ils avoisinent le million, sont pour l'essentiel des profanes et presque tous investissement des sommes qui sont significatives pour eux mais qui ne leur donne pas accès aux prospectus . L'actionnaire d'Eurotunnel est un profane, qui typiquement a investi à l'origine parce qu'on lui présentait Eurotunnel comme un investissement citoyen et de père de famille, et qui ensuite a continué à investir par loyauté dans "son" Tunnel .  Il s'agit bien entendu d'un profane. L'action n'est pas suivie par les analystes financiers, aucun investisseur institutionnel n'étant présent au capital . La détention par des institutionnels semble en effet principalement limitée à des détentions en vue des assemblées .

Les interactions entre les deux marchés sont  importantes, comme dans toute société cotée faisant appel aux marchés financiers. Il est bien évident que les opérations d'arbitrage dette/actions sur Eurotunnel ont été particulièrement actives. Par ailleurs depuis 1999 diverses augmentions de capital se sont faites par conversion de créances en actions. Des créances qui étaient au delà de la capacité de remboursement d'Eurotunnel seront ainsi effectivement payées aux créanciers par les actionnaires grâce à leur achat des actions. 

Il était prévu dans les accords de restructuration que  certains des instruments de quasi-fonds propres, les avances de stabilisation,  soient converties en actions avec un ratio contractuellement fixé..

 Les opérateurs sur les marchés financiers disposent d'information sur le marché de la dette dont les actionnaires individuels ne disposent pas.  Des opérations d'ingénierie sur la dette ont été montées, qui ont été présentées aux actionnaires comme une amélioration de crédit, alors qu'il s'agissait d'opérations de rehaussement de crédit profitant de la décote de la dette.

La décote importante de la dette démontrait pour tout opérateur professionnel le caractère artificiel de la capitalisation boursière d'Eurotunnel. Depuis la restructuration de 1998 la dette est décotée, et il est clair que les instruments de quasi-fonds propres absorbent tout fonds propre potentiel.

Cependant, si le cours de l'action a constamment baissé,  la capitalisation boursière a d'abord continué à progresser.  En février 1999 Eurotunnel rachète des obligations participantes avec une très large décote ( Eurotunnel a pu racheter FRF 1,241 milliard de dette à un prix de seulement FRF 353 millions. )  En octobre 1999, le cours des actions est de 1,41€ et la capitalisation boursière va culminer à 2.938 Millions €., soir presqu'autant qu'au pic boursier de fin 1993 où la capitalisation boursière était de 3.304 Millions € avec un cours de l’action de 6,14 €.

La capitalisation boursière, si elle a ensuite  baissé , est restée  à des niveaux élevés alors que la décote très importante des instruments de quasi-fonds propres démontrait l'absence de valeur réelle des actions.  Le 8 mars 2000 les dirigeants d'Eurotunnel prétendent qu'il s'agit "d'une année particulièrement bien réussie", pour faire oublier par ailleurs les mises en examen.  Fin 2000 la capitalisation boursière est de 2.208 Millions € avec un cours de l’action à 1,06 €. Fin 2001 la capitalisation boursière est de 2.354 Millions € avec un cours de 1,13€.

L'action est devenue un penny stock mais l'émission massive d'actions, dont le nombre actuel dépasse deux milliards et demi, a sauf une brève période récente, maintenu le cours au dessus du milliard d'euros. Fin 2002 le cours de l’action est de  0,6€ et compte tenu de l’existence de 2.362 millions d’actions la capitalisation boursière reste de 1.417 Millions€.  Fin 2003 le nombre d’actions est de 2.546 millions.  Compte tenu d’un cours de 0,55€ la capitalisation boursière est de 1.477 Millions €.

Les marchés boursiers, avec des achats d'actionnaires individuels renouvelant des achats pour lutter contre la dilution et abaisser leur PRU  étaient soutenus par les affirmations sur un prétendu crédit restauré, pour des opérations sur la dette où l'information disponible sur les marchés financiers montraient l'aberration des marchés boursiers résultant du défaut d'information des actionnaires et de l'information inexacte qui leur était fournie.

Lorsqu'une nouvelle restructuration est devenue évidemment nécessaire des informations ont été données aux actionnaires individuels. Ces informations ponctuelles et fragmentaires ont surtout été utilisées pour créer l'impression que lorsqu'une partie de la dette serait effacée, le cours de l'action monterait qausi arithmétiquement d'un montant proportionnel équivalent.

Le ratio de conversion prévu pour les avances de stabilisation  (1,73) a été présentée comme représentant en fait la valeur de l'action. En fait la décote sur ces créances démontrait une valeur très faible  (0,17) . Une vague d'achat d'actionnaires individuels a été suscitée, mais ensuite au fur et à mesure que l'échéance se rapprochait le cours a rejoint la valeur d'arbitrage.

 

 


NEGOCIATION ET MARCHES BOURSIERS

Fin janvier 2005 Jean Louis Raymond avait  indiqué, dans un débat sur un forum internet et dans des interviews radiophoniques  et dans  une interview à La Tribune, que " Une réduction de plus de la moitié de la dette parait envisageable".,  Suite à ces déclarations la notation de certaines des obligations FLF est abaissée par l'agence de notation Fitch.

Le 14 avril 2005 Gounon fait une déclaration dans laquelle il indique Je promets de la transparence et de travailler exclusivement à la défense de intérêts des actionnaires.". Le même jour des gros blocs sont  signalés  et le titre chute

Le 26 avril 2005 il indique que la valeur de marché de la dette est de 4 milliards €. Il indique que la capacité de remboursement d'Eurotunnel est de 3,3 Mds€

Le 17 mai 2005 Gounon déclare  "Je suis partisan d'un effacement de la dette, pour en limiter le montant à ce qui est supportable (3,3 milliards d'euros), tout en laissant une capacité à Eurotunnel pour se développer. Comme je suis cohérent, je ne vais donc pas proposer d'AK.". Il indique qu'il espère que le 15 juillet 2005 les grandes lignes d'un projet se dessineront. Il affirme "La substitution n'est pas vraisemblable pour deux raisons: ce n'est pas leur métier de gérer une entreprise comme Eurotunnel, et il faut l'accord des gouvernements. Je reviens à mon idée: le soutien massif des actionnaires devrait inciter les pouvoirs publics à rejeter cette solution, et contraindre les créanciers à négocier"

Le 27 mai  2005 paraissent dans la plupart des quotidiens de larges encarts . Gounon déclare que les négociations sur la dette ' avancent bien ', fixant à la fin juin l'objectif d'un accord sur le business plan de l'exploitant du Tunnel sous la Manche et à la mi-juillet celui se rapportant au premier schéma de restructuration. Il ajoute que ' l'avenir doit être préparé avec des stratégies offensives de développement ', précisant ' j'ai en ce moment de nombreux contacts avec les pouvoirs publics et les instances européennes '

Le 31 mai 2005 l'action atteint un bas historique. Le 1er juin 2005 le cours va prendre 36,8% avec un ramassage d'environ 20% des actions en même temps que la presse annonce qu'un coup est ourdi par Jean Louis Raymond et Hervé Huas. Gounon affirme que Huas défendait les seuls créanciers. et  que le tandem Huas-Raymond, avec pour tout bilan « un cours de l'action divisé par trois en un an et des bénéfices dix fois inférieurs aux annonces », court à un échec qui serait aussi celui de Miguet."

Le 17 juin 2005 l'assemblée générale, qui avait été annoncée comme devant être tumultueuse, se déroule en unité apparente.  La foire d'empoigne annoncée ne se produit pas, et  M. Nicolas Miguet indique dès le début de l'assemblée qu'il ne soutiendra par la candidature de M. Jean Louis Raymond contre M. Gounon pour la présidence d'Eurotunnel et M. Jean Louis Raymond la retire.  M. Jacques Gounon obtient un vote à près de 98% pour la ratification de sa désignation.

Un écart de 461.026.980 titres, soit 18 % du capital, sépare le nombre d'actions présentes ou représentées lors de l'AG d'Eurotunnel SA (1.164 832 994 titres, soit 45,74% du capital) et celle, consécutive d'Eurotunnel Plc (703.806.014 titres ou 27,64%.

Il est indiqué (Les Echos, 21 juin 2005, p. 28) que le conseil d'administration conformément à la loi anglaise a rejeté les pouvoirs "libres" utilisés par les pro-Miguet sur la base des irrégularités révélées par le dépouillage des bulletins.

Concernant la situation financière du groupe, Jacques Gounon a annoncé qu'il s'était donné jusqu'à la fin juin pour renégocier avec les créanciers une "restructuration de la dette".  Il indique que s'il obtient satisfaction, il compte présenter un "premier schéma de restructuration" à la mi-juillet, avant de présenter un "plan définitif" en octobre prochain.

Le 20 juin 2005  M. Gounon (La Tribune, 20 juin 2005,  p. 22) réaffirme qu'il se "battrait avec le conseil contre toute dilution" tout en estimant que la société ne peut supporter plus de 3,3 milliards d'euros de dette. Il rappelle cependant la possibilité d'une "dilution à hauteur de 15% du capital" correspondant à la conversion qu'il présente comme "avantageuse" de quelque 700 millions d'euros d'avances de stabilisation.

Dans une interview au Parisien (Lundi 20 juin, p. 7) il déclare

"Eurotunnel ne pourra rembourser ses engagements qu'en fonction de ses résultats. Une étude réalisée en 2004 chiffrait à 3,3 milliards d'euros la capacité contributive de l'époque. Compte tenu des améliorations de trafic constatées depuis , je pense que nous pourrons la relever. Nous disposerons de chiffres précis fin juin, ils nous permettront de bâtir un schéma de traitement de la dette que je présenterai à la mi-juillet. Mais je pense que l'entreprise ne pourra pas tout rembourser.

Le 23 juin 2005 le plan social est annoncé.

Eurotunnel fait paraitre  le 13 juillet 2005 un communiqué "Eurotunnel a respecté son calendrier, Les négociateurs décident de la confidentialité"

 Ce communiqué indique

Conformément au calendrier annoncé concernant les négociations sur la dette, Eurotunnel a remis un business plan en juin dernier et présente aujourd’hui au Comité Ad Hoc représentant la majorité des co-financiers ses premières réflexions pour la restructuration de sa dette.

Le processus de négociation devrait être complexe notamment du fait de l’existence d’un autre comité de créanciers.

Les négociateurs estiment que les chances de succès seront améliorées si le contenu des débats reste confidentiel à ce stade. En conséquence, Eurotunnel ne donnera aucun détail sur ses propositions.

D'après le communiqué du 3 juillet 2006 ce plan est déjà celui qui sera présenté par la direction et qui a été qualifié de plan Goldman Sachs Macquarie. Dès le 13 juillet 2005 le plan proposé par la direction elle même est aux antipodes des positions prises par Gounon avant l' AG du 17 juin 2005, 

L'Observer indique dans un article en date du 17 juillet 2005 que les créanciers considèrent les propositions d'Eurotunnel comme totalement inacceptables et qu'Eurotunnel et ses créanciers sont "sur une route de collision". Il est évident que ceci se rapporte  aux positions publiques et non aux propositions qui sont faites et qui sont occultées par la "politique de confidentialité" convenue entre la direction et le comité ad hoc. Il a en effet été indiqué que les créanciers souhaitaient déterminer si les positions de la direction seraient les mêmes en privé que dans les déclarations publiques ....et la politique de confidentialité a ensuite été convenue entre la direction et le comité ad hoc.

Le 27 juillet 2005  la société annonce dans sa lettre mensuelle à ses actionnaires. avoir signé un accord de confidentialité avec un deuxième groupe de créanciers pour sa proposition initiale de restructuration de son endettement de 6,2 milliards de livres sterling,

Le Président-directeur général Jacques Gounon y indique que l'implication du deuxième groupe de créanciers pourrait allonger le calendrier initial de mise en place d'un nouvel accord de crédit.

Le deuxième groupe de créanciers ne s'est pas encore fait connaître, mais des sources proches du dossier indiquent qu'il s'agit de fonds spéculatifs détenteurs d'une partie de la dette junior.

Le 28 septembre  2005  la direction annonce sa "décision de ne pas convertir les stabs" . Dans son communiqué la direction affirme

Le Conseil a considéré, compte tenu de l’état d’avancement des négociations, qu’il n’était pas de l’intérêt du Groupe de mettre en œuvre cette conversion dans les conditions actuelles. Le Conseil estime qu’il est dans l’intérêt du Groupe que ces avances et obligations de stabilisation, qui représentent environ 9 % de la dette, soient intégrées à la renégociation globale de celle-ci. Toutefois, pour conserver le maximum d’opportunités dans le cadre de cette négociation, le Conseil d’administration a mandaté son Président pour qu’il propose aux créanciers le report de la date limite pour procéder à cette conversion.

Le Groupe précise que dans les conditions d’exploitation actuelles, il sera à même de payer la totalité des intérêts des avances et obligations de stabilisation en 2006*.

L'absence de conversion des stabs se traduira par le versement de 36 millions d'euros d'intérêts supplémentaires.

Un article de La Tribune faisant écho à un article de Reuters fait état d'un blocage des négociations sur la dette d'Eurotunnel sur la base de déclarations d'un groupe de créanciers relayées par l'agence Reuters. "Cette dernière cite des sources proches de ce comité qui indiquent refuser les propositions actuelles de l'exploitant du tunnel sous la Manche. Au nombre de six, ces créanciers - des fonds d'investissement spéculatifs majoritairement anglo-saxons (hedge funds) - seraient présents dans les tranches les plus risquées de la dette d' Eurotunnel . Ces tranches représentent 2,6 milliards d'euros sur un endettement total de 9 milliards. Les discussions semblent se concentrer sur la conversion des avances de stabilisation (intérêts différés de la dette) représentant environ 720 millions d'euros."


Dans une interview aux Echos du 29 septembre 2005, manifestement destinée à rassurer les actionnaires après des articles sur le blocage des négociations, Jacques Gounon: afffirme  "Nous travaillons dans un climat constructif" . Il déclare 

 "Le conseil a considéré, compte tenu du bon déroulement des négociations, qu'il était dans l'intérêt de l'entreprise de traiter la dette dans son ensemble, sans traiter séparément une catégorie de créanciers. En outre, la conversion n'aurait pas réglé le problème de la dette d'Eurotunnel, étant donné la faible part concerné (780 millions d'euros environ), et je crois à une approche globale de la question. Par ailleurs, Eurotunnel, qui n'est pas obligé de procéder à cette opération, est en mesure de faire face au remboursement du montant des intérêts attendus pour 2006, soit 36 millions d'euros. La société dégage en effet une trésorerie opérationnelle significative. Son problème, c'est la fin du paiement des charges minimales par les opérateurs ferroviaires en novembre 2006, et le remboursement, à partir de janvier 2007, d'une partie du principal de la dette."

A la question "Vous faites allusion à la négociation sur la restructuration financière. Pouvez-vous nous préciser où en sont les discussions." il affirme   Je peux simplement vous dire aujourd'hui, m'étant engagé à informer fin octobre les marchés sur l'état des discussions, que nous travaillons dans un climat constructif, et dans une optique d'approche globale de la dette. Le caractère particulier de la dette d'Eurotunnel, c'est non seulement son montant mais aussi la complexité de sa structure.
Ce climat constructif ne veut toutefois pas dire que la négociation est facile.

Enfin à la question " Que se passe-t-il en l'absence d'accord le 31 janvier prochain, échéance des discussion ?" il répond " Compte tenu de la volonté dont font preuve l'ensemble des parties, c'est une hypothèse que je ne retiens pas aujourd'hui. J'ai confiance, je crois que nous sommes capables d'approcher une solution. Pour ma part, j'ai la responsabilité de négocier en prenant en compte les intérêts de tous les protagonistes."

Ces propos sont accompagnés de transaction sur le titre, portant sur plus de 4% du capital, avec une augmentation de trois centimes qui se traduit par une hausse de 11% du cours.

Le 1er octobre 2005  c'est la ruée des salariés pour quitter Eurotunnel.  "En juin, Jacques Gounon, alors en campagne auprès des actionnaires pour prendre la tête d'Eurotunnel, affichait son intention de réduire le plan social préparé par l'ancienne équipe du groupe. Peine perdue."

Gounon va gérer l'information concernant la restructuration suivant une stratégie purement médiatique, marqué par l'optimisme en France et le réalisme en Angleterre où les autorités boursières ne font pas preuve du même laxisme qu'en France..


Fin Octobre  2005  le message du Président est rassurant, alors que le 22 octobre  2005   le message dans la presse britannique est inquiétant "We'll Go Bust" .A nouveau le message du président de novembre  2005 est optimiste. Le 5 décembre 2005   Gounon déclare qu 'Eurotunnel est loin d'une cessation de paiements. S'exprimant dans la presse britannique Gounon met en garde quant à une crise le 14 décembre 2005 .  Gounon immédiatement fait faire  par le porte parole de la société une déclaration en sens inverse en France

 AOF) - Pour Eurotunnel, un risque de faillite ne se présentera pas avant au mois deux ans et demi, a déclaré un porte-parole du groupe à l'agence Reuters. Eurotunnel, en proie à un endettement colossal, est actuellement en négociation avec ses créanciers et doit aboutir à un accord avant la fin janvier 2006. Dans le cas contraire, l'opérateur du tunnel sous la Manche devra requérir auprès des banques une autorisation de prolongation de ces négociations.

Selon le porte-parole du groupe, dont les propos sont rapportés par Reuters, "le premier moment où (Eurotunnel) pourrait avoir un problème de trésorerie serait janvier 2007, et le "standstill" nous donnerait encore 18 mois supplémentaires".

Le "standstill" est un moratoire contractuel qui permet au groupe, à la suite d'un éventuel défaut de paiement, d'aménager la négociation d'un plan de restructuration tout en poursuivant normalement son activité, rappelle l'agence

Les créanciers porteurs de stabs  refuseront  le14 décembre 2005 l'extension de la date limite  de conversion.


Collet Neuville entre au conseil commun le
15 décembre  2005 la cooptation de Colette Neuville au conseil commun, par le biais de sa cooptation dans la société anglaise, laisse croire qu'elle est administrateur de la SA. Cette désignation, alors que Colette Neuville a permis par son vote la confirmation de la cooptation de Gounon à l'AG du 17 juin 2005, est utilisée pour faire croire que le conseil d'administration suit une politique de défense des actionnaires.

Le 11 Janvier  2006    le cours d'Eurotunnel est marqué par une hausse explosive, et  la presse indique que " les actionnaires attendent beaucoup d'un accord sur le refinancement de la dette (sans conversion massive) avant la fin du mois de janvier." Le 12 janvier 2006  la société publie un communiqué qui est interprété comme une absence de démenti  "S'agissant des mouvements erratiques actuels du cours du titre, Eurotunnel confirme ne pas avoir connaissance des causes de cette activité inhabituelle et indique qu’aucun événement intrinsèque au Groupe n’est intervenu à ce jour qui pourrait les justifier." La politique de confidentialité est en effet prise comme la raison juridique pour ce communiqué.

Le communiqué du 2 février 2006 mélange habilement des restrictions qui paraissent uniquement des précautions juridiques (confidentialité la plus stricte )  et un vocabulaire  (étape essentielle  ...toute anticipation est prématurée) qui fait croire à un plan favorable

Le Conseil d’administration d’Eurotunnel a validé l’accord cadre (Memorandum Of Understanding - MoU) sur les grandes lignes de la restructuration de la dette d’Eurotunnel conclu le 31 janvier 2006 entre le Groupe et le Comité Ad Hoc des créanciers1 . Ce Comité représente plus de 50 % de la dette d’Eurotunnel.

Cet accord constitue une étape essentielle dans la restructuration globale de la dette.

Dans les prochaines semaines, Eurotunnel poursuivra la finalisation du schéma de restructuration en présentant, dans le cadre d’un engagement de confidentialité, cet accord aux autres créanciers non représentés par le Comité Ad Hoc. Pour ce faire, Eurotunnel propose la mise en place d’une nouvelle période de « waiver »2 , jusqu’à fin mars 2006.

Eurotunnel et le Comité Ad Hoc sont convenus que durant cette période, la confidentialité la plus stricte sera maintenue sur les termes du protocole d’accord.

Une assemblée générale extraordinaire des actionnaires sera amenée à se prononcer sur les termes de la restructuration de la dette.

Dans cette attente, Eurotunnel attire l’attention des marchés sur le fait que toute anticipation de l’impact de cet accord est à ce jour prématurée.

 

Le 17 février 2006 Eurotunnel annonce une extension du waiver. Le déclenchement de la procédure d'alerte est présentée comme une simple mesure technique prise par les commissaires aux comptes.

Le 18 février 2006 la presse britannique fait paraitre des indications sur un plan Macquarie, qui est présenté comme un plan qui coule le Tunnel (Channel Starts to Sink)., traduisant une stratégie de capitalisme aggressif et opportuniste qui a séduit les boucaniers de la communauté des hedge funds. C'est pourtant ce plan qui par une communication de presse habile mais trompeuse sera présenté comme une réussite de Gounon.

Le 22 février 2006 une Dépêche Reuters indique

Eurotunnel a signé avec ses principaux créanciers un protocole d'accord qui permettrait à ces derniers de s'assurer le contrôle du capital de l'opérateur du tunnel sous la Manche, déclare-t-on à Reuters de source proche du dossier.

Un tel accord devrait encore être soumis au vote des 800.000 actionnaires, qui se sont rebellés en 2004 en évinçant le conseil d'administration du groupe franco-britannique dans son intégralité.

Eurotunnel avait déjà annoncé le 2 février la conclusion d'un accord avec des créanciers représentant plus de la moitié de sa dette de 6,2 milliards de livres (10,80 milliards de dollars), accord qui, selon des sources proches du dossier, se propose d'effacer près de la moitié de la dette.

Si les créanciers exerçaient totalement leurs options de conversion de la dette en fonds propres, ces derniers détiendraient collectivement plus de 70% du capital, a précisé l'une des sources. La dette serait ainsi ramenée à quelque 3,5 milliards de livres, ajoute-t-on de même source.

"Les actionnaires seront substantiellement dilués", a-t-on ajouté, puisqu'ils se retrouveraient avec moins de 30% des actions du groupe.

Le 23 février 2006  la société démentait la dépêche Reuters . Interrogée par « Les Echos » hier soir, Colette Neuville, membre du conseil d'administration d'Eurotunnel, jugeait ces rumeurs « irresponsables » et destinées à faire échouer les négociations.

Le 3 mars 2006 paraissent sur le site Eurotunnel des Questions Réponses qui cherchent à faire croire que ces informations sont fausses. Dans la Voie de l'Avenir de mars 2006, à la question "Que fait l'entreprise pour faire taire les rumeurs sur la prise de pouvoir possible des créanciers d'Eurotunnel ?" Gounon répond

 "Les opinions et autres spéculations font partie de l'environnement de toute grande entreprise et nous devons malheureusement composer avec. Plus les enjeux sont grands, plus les malveillances et les spéculations sont nombreuses. Elles sont impossibles à éviter et il n'est pas dans notre intention d'en être l'otage. Nous réitérons notre invitation à considérer ces soi-disant " sources proches du dossier " avec la plus grande méfiance. Seul un petit nombre de personnes est informé de l'ensemble des tenants et aboutissants des négociations et ces personnes ont souscrit un engagement de confidentialité très strict. En dehors de ces personnes, nul n'est en mesure de donner une information fiable sur le schéma de la restructuration."

Le 22 mars 2006 la société présente une "décision" de convertir les créances en obligations comme un renforcement de la position de négociation à l'égard des créanciers subordonnés, alors qu'elle est la conséquence prévue contractuellement de la non conversion en actions et qu'elle aurait plutôt comme effet d'empirer la situation à l'égard de ces créanciers. Cette communication presse fait encore monter le titre.

Le 2 mai 2006 la cotation est suspendue à Londres.  La Financial Services Authority (FSE) , le régulateur britannique, décide de suspendre la cotation de l'action Eurotunnel jusqu'à la publication des résultats.

Le 12 mai 2006  Eurotunnel grimpe de 9,76% à 0,45 euro dans l'espoir d'une entrée de Vinci à son capital.  Selon les informations des "Echos", Goldman Sachs et Macquarie ont pris contact avec le numéro un mondial de la construction et des concessions, pour lui proposer d'investir dans le concessionnaire du tunnel sous la Manche. Les financiers souhaiteraient "franciser" leur participation à la restructuration financière de la société.

Le
15 mai 2006  la cotation des titres Eurotunnel est suspendue a la Bourse de Paris à la suite d'une décision de l'AMF. 
Les informations dans les dépêches anglo-saxonnes évoquant un changement de structure de détention (change in ownership structure) qui démontraient que l'optimisme entretenu en France était artificiel sont probablement l'explication de cette décision. E rotunnel  confirme  être à la recherche d'un accord de restructuration définitif avec le Comité Ad Hoc des créanciers et les groupes Goldman Sachs et Macquarie.   Eurotunnel indique qu'il  tiendra le marché informé de l'évolution de ces discussions et, le cas échéant, de la conclusion d'un accord.
 

Dans la Voie de l'Avenir de juin 2006 Gounon prétend

 "Certains préconisent le dépôt de bilan comme solution miracle. J'ignore leurs motivations. Je vous rappellerai seulement que tous les créanciers, y compris les très subordonnés, sont prioritaires devant les actionnaires. C'est la loi. Compte tenu de l'éparpillement du capital, il est peu vraisemblable que le Tribunal de Commerce choisisse une solution de continuité. Ce sera plutôt la reprise à la " barre " d'Eurotunnel par un ou plusieurs opérateurs industriels. Les actionnaires actuels auront tout perdu."

Le 27 juin 2006 Eurotunnel publie le communiqué suivant

Eurotunnel a été informé, le lundi 26 juin, que le Comité Ad Hoc, qui représente les principaux créanciers du Groupe, avait signifié directement, en fin de semaine dernière, aux détenteurs de dette subordonnée que le projet de restructuration financière élaboré par la Deutsche Bank n’était pas acceptable par les créanciers qu’il représente.

Cette position implique que ce projet n’a aucune chance d’aboutir alors même qu’il continue d’être présenté par ses promoteurs comme une alternative.

Ce projet, basé sur une valeur d’entreprise très largement supérieure à celle émanant des analyses conjointes d’Eurotunnel et des créanciers du Comité Ad Hoc, permettrait essentiellement de faire bénéficier les créanciers les plus subordonnés d’une capacité de recouvrement très largement supérieure à la valeur de marché de leurs créances et vraisemblablement au coût d’acquisition de celles-ci par la plupart de ces créanciers.

Ces créanciers subordonnés étant libres de vendre ou d’acheter des obligations représentative de leurs créances, Eurotunnel a demandé aux autorités de marché française et britannique (AMF et UKLA) de vérifier si la démarche des créanciers subordonnés n’a pas été conçue aux seules fins d’induire en erreur certains acteurs du marché, et notamment les actionnaires qui pourraient réaliser des transactions sur ces obligations ou sur des titres de capital Eurotunnel dans l’espoir de bénéficier des retours sur investissement mis en avant par ces créanciers.


 


NEGOCIATION ET MARCHES FINANCIERS

La négociation a été exclusivement menée avec le comité ad hoc jusqu'à juillet 2006. L'agence de notation Fitch a justifié le maintien du AAA des obligations garanties par MBIA sur la base du rôle privilégié de MBIA dans les discussions de restructuration. Ce rôle privilégié du comité ad hoc ne correspond pas au processus prévu par les conventions de crédit. Dans ce processus, qui est le processus traditionnel dans tout financement international, la négociation doit se faire avec les Banques Agents.

Ce processus de négociation correspond à l'acceptation par la direction d'Eurotunnel  d'une implication d'Eurotunnel dans la répartition du refinancement et de l'acceptation de la position des membres du comité ad hoc fondée  sur l'application automatique du waterfall  qui serait justifiée par la clause de substitution. L'information inexacte et trompeuse sur le droit de substitution était ainsi amplifiée par l'aspect symbolique d'une négociation où les résultats de la négociation avec le comité ad hoc étaient présentés comme impliquant un accord des créanciers . L'augmentation du refinancement a permis l'élargissement du comité ad hoc, les négociateurs cherchant à porter cette capacité à plus de 50% de la dette de façon à ce que le comité ad hoc représente plus de 50% de la dette. Il est alors présenté comme représentant majoritairement la dette, ce qui donne l'impression que son acceptation d'un plan de restructuration vaut accord des créanciers. L'accord avec la majorité de la dette était en effet présenté comme impliquant un accord, alors que les conditions de majorité rendaient inexacte  l'impression ainsi créée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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