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La contestation des dirigeants s'était faite en 2003 avec l'expression d'une volonté de mettre fin à une gestion qui privilégiait les créanciers, l'équipe d'alternance se fixant comme priorité de s'attaque au problème de la dette. Le combat pour la révocation des dirigeants a été mené par une alliance entre l'ADACTE et Nicolas Miguet. Leur victoire lors de l'assemblée du 7 avril 2004 a été saluée comme une victoire de la démocratie actionnariale; En fait il est rapidement apparu que les directeurs généraux, dont la candidature avait été présentée par Nicolas Martin du Nord, le PDG de Miguet et associés, et qui avaient été élus grâce aux pouvoirs de Nicolas Miguet, entendaient cantonner le conseil d'administration à un rôle de chambre d'enregistrement, au mépris des règles du gouvernement d'entreprise et à plus forte raison d'un mandat qui était donné par les actionnaires au conseil d'administration et en particulier aux trois figures que constituaient Jacques Maillot, Pierre Cardo et Joseph Gouranton, le Président de l'ADACTE. Soutenus par Nicolas Miguet, que manifestement Joseph Gouranton souhaitaient ménager dans une optique électorale, les directeurs généraux ont conduit une politique de négociation, à l'encontre d'une stratégie de procédure qui pourtant était inhérente au programme électoral de l'équipe d'alternance, ainsi que le soulignera Pierre Cardo. De plus cette stratégie a été menée en privilégiant le comité ad hoc des créanciers dit co-financiers, au mépris non seulement des intérêts des actionnaires, mais aussi des autres créanciers représentant plus de la majorité du nominal de la dette , ce qui vicie les négociations. Se fondant sur le "waterfall" le comité ad hoc des créanciers prétendait manifestement s'approprier l'intégralité des flux futurs, en utilisant la menace du droit de substitution tant à l'égard des actionnaires que des autres catégories de créanciers. La direction d'Eurotunnel a participé à cette stratégie, en particulier en s'efforçant d'étouffer toute discussion du droit de substitution, et en faisant du comité ad hoc des créanciers , au nom de la dette senior et d'une partie de la dette junior, l'interlocuteur exclusif du côté des créanciers. Dans la mesure où l'ADACTE était administrateur et a privilégié sa survie au conseil d'administration, la voix de l'association censée défendre les actionnaires s'est trouvée muselée. En ce qui concerne le pourfendeur de "banksters" prétendant défendre les actionnaires, il a accordé au contraire un soutien absolu à une politique de capitulation devant le comité ad hoc de créanciers. La démission de Pierre Cardo le 29 novembre 2004, avec la pression de la désignation d'un mandataire le 18 novembre 2004 par la Présidente du Tribunal de commerce sur demande des directeurs généraux, a privé les actionnaires de toute défense au sein du conseil d'administration. L'assemblée générale du 17 juin 2005 a été marqué par une contradiction totale entre la campagne de pouvoirs faite par Nicolas Miguet, continuant à se prétendre le défenseur des actionnaires, et le soutien que celui-ci donnait à Jean Louis Raymond et à Hervé Huas. De la même façon, la désignation de Jacques Gounon pour remplacer Pierre Cardo avait été faite par le Ministère des Transports qui l'avait recommandé à Joseph Gouranton. Compte tenu de l'attitude du Ministère des Transports depuis l'origine dans le dossier du Tunnel, il est clair que le choix n'était pas fait avec la défense des actionnaires comme objectif. Si Jacques Gounon a sévèrement critiqué les projets de plan de restructuration préparés par Hervé Huas comme étant dictés par l'intérêt des créanciers, la même optique de négociation avec les créanciers avec comme interlocuteur le comité ad hoc a été conservée. La demande de "waiver" mettant Eurotunnel dans la pire des positions de négociation a été faite. Des déclarations apparemment résolues ont été faites en ce qui concerne l'effacement de la dette, mais en l'absence d'une stratégie donnant à Eurotunnel les moyens de parvenir à ses demandes, elles peuvent paraître plus comme le préalable à une capitulation. L'exemple de la négociation de 1995-1998, avec Ponsolle se posant en farouche défenseur des actionnaires pour mieux leur présenter un plan spoliateur comme inévitable incite au scepticisme. Lors de l'assemblée générale des actionnaires Jacques Gounon s'est livré à une campagne d'encarts publicitaires et de déclarations exhortant les actionnaires à une mobilisation en sa faveur. La participation qualifiée d'exceptionnelle est fondée sur des pouvoirs dont une très grande partie a été donnée par des mandats que la société a annulé en Angleterre où elle dispose d'un pouvoir d'appréciation quant à leur validité. Par ailleurs une très grande partie des pouvoirs ont été donnés à Nicolas Miguet, dont l'attitude contradictoire a été soulignée. Les deux anciens directeurs généraux, qui s'étaient présentés contre Jacques Gounon, ont en fin de compte eu plus de pouvoirs que Jacques Gounon, ce dont ils ont tiré argument pour se maintenir au conseil d'administration. Le conseil d'administration est ainsi composé d'administrateurs qui ne font pas la politique pour laquelle ils ont été élus. Après la "mobilisation des actionnaires" Jacques Gounon a imposé une consigne de silence. Dans le communiqué concernant la transmission des "réflexions sur la restructuration", Eurotunnel indique que "Les négociateurs estiment que les chances de succès seront améliorées si le contenu des débats reste confidentiel à ce stade. En conséquence, Eurotunnel ne donnera aucun détail sur ses propositions." L'ADACTE, qui avait dans la bataille de pouvoirs cherché à affirmer sa représentativité au lieu d'informer et alerter les actionnaires, suit cette consigne de silence. On doit donc déplorer que la "révolution actionnariale" a en fait abouti à la mise en place d'une direction qui favorise les intérêts des créanciers, et plus particulièrement ceux des co-financiers, et que les voix de la défense des actionnaires sont muselée.
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