Interview -
octobre 2005 publiée sur le site d'Eurotunnel
Jacques Gounon, président d’Eurotunnel fait le
point à mi-parcours de l’avancée des négociations
sur la dette
Président du
Conseil Commun du Groupe Eurotunnel, Président
Directeur Général d’Eurotunnel plc et SA
Monsieur le Président, vous vous étiez
engagé à informer les actionnaires d’Eurotunnel des
progrès de la négociation sur la dette avant la fin
du mois d’octobre. Alors, où en êtes-vous ?
Jacques Gounon : « Aux lendemains de l’assemblée
générale à Coquelles, et alors que la négociation
pouvait enfin entrer dans sa phase concrète, j’avais
en effet pris cet engagement. Et je tenais à être au
rendez-vous, même si, chacun le sait, nos
discussions avec les créanciers sont encadrées par
un accord de confidentialité. Malgré tout, à
mi-parcours des négociations, qui se sont ouvertes
le 13 juillet et doivent se conclure avant le 31
janvier prochain, au terme de la période de «
waiver », je voulais faire le point sur leur avancée.»
Les négociations ont donc « avancé »…
« En trois mois et demi, nous avons fait beaucoup de
chemin ensemble. Les discussions sont intensives et
se déroulent dans un climat constructif. Mais pour
bien comprendre la situation, il faut rappeler le
cadre et la méthode retenus : Eurotunnel négocie
avec le seul Comité ad hoc, constitué dès 2003 et
qui regroupe des créanciers « pesant » 45% de la
dette, notamment la BEI, MBIA, Oak Tree, Franklin….
Depuis, deux autres comités « junior » se sont
formés, environ 10% supplémentaires chacun. Le
premier a désigné la banque Close Brothers pour le
représenter ; le second un cabinet d’avocats, Allan
et Overy. Dans le cadre d’accords de
confidentialité, ces interlocuteurs accèdent à des
données sur l’entreprise, le business plan par
exemple. Mais, je le répète, aucune négociation
n’est en cours avec eux. Et, d’ailleurs, ils gardent
la possibilité de vendre et d’acheter de la dette ;
la composition de ces comités peut donc être
évolutive. Enfin, ils ne sont pas tenus informés des
progrès de nos discussions avec le Comité ad hoc.
Quand un accord sera signé avec celui-ci, nous
pourrons alors entrer dans le vif du sujet avec les
autres comités et créanciers…
C’est donc avec le Comité ad hoc que vous
avez fait des progrès. Lesquels ?
Je crois que le business plan que nous avons
présenté a été jugé « réaliste » par les créanciers.
Progressivement, une convergence de vues
s’installent sur le niveau de dette supportable par
Eurotunnel et sur la valeur totale de l’entreprise,.
Et nos points de vues se sont aussi rapprochés sur
une autre question : la structure actuelle de la
dette est trop complexe
Au cours de cette négociation, il y a juste
un mois, le conseil d’administration d’Eurotunnel a
pris la décision de ne pas convertir les avances de
stabilisation. Pourquoi ?
Faire disparaître, à ce stade, 9% de la dette aurait
été une erreur. La question de la dette doit être
abordée le plus globalement possible. Nous avons
proposé que l’option de conversion des avances de
stabilisation soit exerçable jusqu’en septembre
2006, au lieu de décembre prochain, comme prévu
originellement. Il appartiendra aux créanciers de se
déterminer.
Justement, c’est la grande question pour les
actionnaires. Le projet de restructuration
financière actuellement en cours de discussions
inclut-il une nouvelle dilution du capital ?
Ceux qui ne parlent que de conversion de la dette et
de dilution ont une vision réductrice du dossier.
Ils oublient une composante fondamentale : la valeur
de l’action. Le Comité ad hoc et Eurotunnel ne
travaillent pas sur un schéma unique de
restructuration, mais sur deux ou trois. Notamment,
Eurotunnel souhaite passer d’une structure de
financement de projet, avec ses contraintes lourdes,
à un schéma propres aux sociétés concessionnaires,
dont on connaît les avantages. Quant à la dilution,
ma position est connue. Mais, à ce stade de la
négociation, je ne peux faire plus de commentaires.
Quelles sont les prochaines étapes de la
négociation ?
Nous voulons continuer à avancer rapidement. Un
accord avec le Comité ad hoc sur le mécanisme de la
restructuration est la prochaine étape. Ensemble,
nous pourrons ensuite entamer des discussions avec
les autres comités de créanciers, avant de soumettre
ce plan au vote des actionnaires. Quoi qu’il en
soit, j’envisage de faire un nouveau point de la
situation début 2006.