VIE DES AFFAIRES

PV's D'AUDITION DE JEROME KERVIEL DEVANT LA BRIGADE FINANCIERE


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HISTORIQUE DE L'AFFAIRE JEROME KERVIEL SOCIETE GENERALE


De larges extraits des PV's d'audition de Jérôme Kerviel devant la brigade financière ont été publiés le 30 janvier 2008 par Mediapart et par Le Monde. Ils ont été abondamment reproduits sur le Net. Ils n'ont pas fait l'objet d'observations des avocats de Jérôme Kerviel.  Les extraits parus sont placés dans l'ordre chronologique des faits évoqués

 

 Je suis rentré à la Société générale en août 2000, comme chargé des middle-office, (...) j'ai quitté cette fonction durant le second semestre 2002. On m'a alors proposé de passer assistant-trader (...). Cette fonction consiste à être le secrétaire du trader (...). Durant le second semestre 2004, j'ai été dédié en tant qu'assistant à un desk (...). Comme je me trouvais sur la même rangée de bureaux que les traders, (...) petit à petit j'étais de plus en plus intéressé à l'activité de trading. (...) Début 2005, j'ai été intégré au trading sur le desk. (...) J'occupais toujours ce poste jusqu'à la semaine dernière. Dimanche 20 janvier, (...) le responsable du trading m'a dit de ne plus revenir.

Lorsque je suis rentré à la Société générale, ma rémunération était de l'ordre de 35 000 euros brut annuels, hors partie variable. (...) Pour l'année 2004, j'ai perçu, en 2005, 15 000 euros brut de rémunération variable annuelle. Pour l'année 2006, j'ai perçu en 2007 60 000 euros brut. (...)

Pour l'année 2007, on ne m'a pas à ce jour indiqué le montant de ma rémunération variable, je précise que cet entretien fin 2007 s'est bien passé, ils étaient contents de mon travail, ils n'étaient juste pas d'accord sur le montant de ma rémunération variable. Je proposais 600 000 euros, ils m'en proposaient 300 000 euros. A ce jour, je n'ai rien perçu pour 2007. Quant à ma rémunération fixe, elle a régulièrement augmenté pour passer à 48 000 euros brut actuellement. (...)

Je ne conteste pas formellement les faits qui me sont reprochés. Je reconnais avoir saisi des opérations fictives, je reconnais les annulations d'opérations fictives ; s'agissant de la prise d'une position non autorisée sur les futures, je suis un peu moins affirmatif. Mon mandat était clair : il consiste à assurer le market-making de produits (...) ne présentant pas de volatilité : certificats, warrants, trackers. Il n'y a aucune limite précise écrite signée de ma main. (...)

Avant toute chose, j'ai en tête de faire gagner de l'argent à ma banque. C'est ma première motivation. (...) Il s'agissait de faire gagner de l'argent à la banque uniquement, et en aucun cas m'enrichir personnellement. Ce qui est plus discutable, je le reconnais, ce sont les moyens développés en ce sens.

 

 

 

(...) Les techniques que j'ai utilisées par la suite ne sont pas sophistiquées du tout, à mon sens, tout contrôle correctement effectué est à même de déceler ces opérations. Il n'y a aucun machiavélisme de ma part.

Il est évident que je n'aurais pas eu de tels résultats sans ce système (...), ma hiérarchie aurait imposé au regard de leur importance que je coupe mes positions. Je ne me faisais pas d'illusions, je savais pertinemment que je serais moins bien récompensé que sur d'autres desks, que je n'allais pas être rémunéré selon les standards du marché, cela n'a pas été un frein à ma motivation pour autant. J'avais compris lors de mon premier entretien en 2005 que j'étais bien moins considéré que les autres au regard de mon cursus universitaire et de mon parcours professionnel et personnel. Je ne suis pas arrivé directement au front-office, mais suis passé par le middle-office et suis le seul dans ce cas. Mais je ne le vis pas mal pour autant, je vous rassure.

 

 

 

 Je suis rentré à la Société générale en août 2000, comme chargé des middle-office, (...) j'ai quitté cette fonction durant le second semestre 2002. On m'a alors proposé de passer assistant-trader (...). Cette fonction consiste à être le secrétaire du trader (...). Durant le second semestre 2004, j'ai été dédié en tant qu'assistant à un desk (...). Comme je me trouvais sur la même rangée de bureaux que les traders, (...) petit à petit j'étais de plus en plus intéressé à l'activité de trading. (...) Début 2005, j'ai été intégré au trading sur le desk. (...) J'occupais toujours ce poste jusqu'à la semaine dernière. Dimanche 20 janvier, (...) le responsable du trading m'a dit de ne plus revenir.

Lorsque je suis rentré à la Société générale, ma rémunération était de l'ordre de 35 000 euros brut annuels, hors partie variable. (...) Pour l'année 2004, j'ai perçu, en 2005, 15 000 euros brut de rémunération variable annuelle. Pour l'année 2006, j'ai perçu en 2007 60 000 euros brut. (...)

Pour l'année 2007, on ne m'a pas à ce jour indiqué le montant de ma rémunération variable, je précise que cet entretien fin 2007 s'est bien passé, ils étaient contents de mon travail, ils n'étaient juste pas d'accord sur le montant de ma rémunération variable. Je proposais 600 000 euros, ils m'en proposaient 300 000 euros. A ce jour, je n'ai rien perçu pour 2007. Quant à ma rémunération fixe, elle a régulièrement augmenté pour passer à 48 000 euros brut actuellement. (...)

 

 

   

Je ne conteste pas formellement les faits qui me sont reprochés. Je reconnais avoir saisi des opérations fictives, je reconnais les annulations d'opérations fictives ; s'agissant de la prise d'une position non autorisée sur les futures, je suis un peu moins affirmatif. Mon mandat était clair : il consiste à assurer le market-making de produits (...) ne présentant pas de volatilité : certificats, warrants, trackers. Il n'y a aucune limite précise écrite signée de ma main. (...)

Avant toute chose, j'ai en tête de faire gagner de l'argent à ma banque. C'est ma première motivation. (...) Il s'agissait de faire gagner de l'argent à la banque uniquement, et en aucun cas m'enrichir personnellement. Ce qui est plus discutable, je le reconnais, ce sont les moyens développés en ce sens.

 

 

2005

Ma première expérience en ce sens remonte à 2005, j'ai alors pris une position sur le titre Allianz, en pariant sur la chute du marché. Il se trouve que peu de temps après le marché chute à la suite des attentats de Londres, et c'est le jackpot de 500 000 euros. Cette date correspond à peu de chose près à mon arrivée comme trader à la Société générale. J'ai déjà alors l'idée d'un deal pour couvrir ma position. J'ai une attitude mitigée car je suis fier du résultat et surpris à la fois. Cela génère l'envie de continuer, il y a un effet boule de neige

 

 

1er semestre 2007

En janvier 2007, je suis court à la vente sur le DAX car en fait je commence à me dire qu’il y a des signes de surchauffe en Asie, et que cela se confirme, je perds sur ma position, car le marché monte. Le deal fictif passe inaperçu car il n’y a pas de contrôle de cohérence en janvier à la Société générale. En février, mini-krach en Asie, et je coupe ma position. Fin février, je n’ai donc plus de position, avec un résultat de 28 millions d’euros, je suis alors plus que fier et satisfait.”

“A ce moment intervient la crise asiatique, et fin février début mars les premiers articles sur les subprimes. Je me documente et lis que potentiellement, il n’y a pas de risque de propagation sur l’économie. Je prends alors le pari inverse et remonte une petite position début mars. De mars à juillet, je perds car le marché monte sans cesse. Je continue à me documenter sur les secteurs des subprimes, je continue la position

 

 

Juillet 2007  

“En juillet 2007, j’ai suggéré de parier sur l’évolution du marché boursier à la baisse, il [mon supérieur] n’a pas voulu. Quand il s’est avéré que mon pari était gagnant, générateur de cash, j’avais pris malgré tout une position sous le regard complaisant ou à tout le moins non contesté de mon N + 1 [responsable hiérarchique] qui a assisté à l’enregistrement de ma transaction. Ils m’ont incité à prendre une position régulièrement. L’opération s’étant révélée fructueuse, elle devenait de ce fait autorisée, voire appuyée par la hiérarchie. Chaque jour par la suite il a fallu se positionner. Même pendant mes vacances, mon manager m’appelait pour me demander quelle position prendre. L’incitation à se positionner était à son maximum.”

Début juillet 2007, je suis tiraillé entre la satisfaction de cette réussite et l'énormité du montant à annoncer sachant que ces résultats étaient générés par de fausses opérations.

. Fin juillet, le marché craque sous les subprimes et les marchés se retournent. Je déboucle ma position qui est dès lors à zéro. Mon résultat grimpe : 500 millions d’euros (…) je me retrouve dans la même situation que précédemment, et ce à la hausse, et ne déclare pas ce résultat qui n’apparaît pas dans les livres. Je masque par une opération fictive d’achat-vente. Il est vrai que je me retrouvais très intimidé par ce montant de 500 millions et surtout de ne pas savoir comment l’annoncer

 

31 Décembre 2007

“Les allers-retours génèrent beaucoup de cash. Au 31 décembre 2007, mon matelas est monté à 1,4 milliard d’euros toujours pas déclarés à la banque. A ce stade, je suis dépassé par l’événement et ne sais comment le présenter à la banque, cela représente un cash non déclaré de 1,4 milliard d’euros, hors personne n’a jamais réalisé ce chiffre qui représente 50 % du total du résultat de la branche action indices de la Société générale. Je ne sais comment le gérer, je suis content, fier de moi, mais ne sais comment le justifier. Donc j’ai décidé de ne pas déclarer à la banque et pour occulter cette somme, passer une opération fictive inverse. En passant plusieurs opérations fictives qui apparaissent perdantes à hauteur de 1,4 milliard d’euros.”

“J’ai alors fourni de faux justificatifs de saisie sur ces opérations, à savoir de faux mails. J’ai réalisé un faux mail en utilisant les possibilités qui me sont offertes par notre messagerie interne, à savoir une fonction qui me permet de réutiliser l’en-tête d’un mail qui m’est expédié en changeant le contenu du texte qui m’est envoyé. Il me suffisait alors de taper le texte que je souhaitais et le mail avait toute l’apparence d’un document original.

 

 

Début 2008

Début janvier 2008, je suis tiraillé entre la satisfaction de cette réussite et l’énormité du montant à annoncer sachant que ces résultats étaient générés par de fausses opérations.”

“Les techniques que j’ai utilisées ne sont pas sophistiquées du tout, à mon sens, tout contrôle correctement effectué est à même de déceler ces opérations. Il n’y a aucun machiavélisme de ma part.”

 

Début 2008, je me mets "long" (en position d'acheteur) car le marché a beaucoup évolué, et je vois le marché revenir dans les trois prochains mois, et je suis toujours convaincu que sur les trois prochains mois il rebondira. Je prends donc une position "longue" et ne me fais pas de soucis

 

18 janvier 2008  

(...). Le vendredi 18 (janvier 2008), en journée, j'ai été positif en regard de la forte volatilité du marché (...), ce n'est qu'à la clôture de la séance du 18 que j'étais négatif. Je pense alors que je verrai l'évolution du marché en revenant le lundi et table sur la hausse du marché américain le mardi. Ce que je ne pouvais supposer, c'est que le lundi je ne serais plus salarié de la Société générale

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