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Le Parisien: Article du mercredi 06 décembre 2006 ici:
Eurotunnel : Vent de révolte chez les actionnaires
Bourse. Présenté le 31 octobre, le projet de sauvetage du tunnel sous la Manche
provoque la colère de certains actionnaires. Sur la base d’un document que nous
nous sommes procuré, les petits porteurs seraient une nouvelle fois floués.
Polémique.
" La question n’est pas de savoir si on va porter plainte mais quand. "
Trésorier de l’Adacte, l’une des principales associations de défense des
actionnaires d’Eurotunnel, Daniel Bondia agite la menace d’une plainte contre X
auprès du procureur de la république de Paris pour " information inexacte et
trompeuse " sur le plan de sauvetage défendu par Jacques Gounon, le PDG de
l’exploitant du tunnel sous la Manche menacé de dépôt de bilan en raison d’une
dette abyssale de 9 milliards d’euros. " L’information est tronquée, proteste
Daniel Bondia. Nous n’avons pas les comptes 2005 et aucune assemblée générale
n’a été convoquée. " Or, les petits actionnaires sont nombreux aujourd’hui, à se
poser des questions sur un plan présenté par la direction comme " l’opération de
la dernière chance ".
Principal motif d’inquiétude : le dispositif aurait avant tout pour but de
rembourser les créanciers d’Eurotunnel (essentiellement les établissements
financiers prêteurs) au détriment des petits porteurs tenus, pour cette raison,
dans l’ignorance des détails juridiques et financiers de l’opération. Placé le 2
août sous la protection de la loi de sauvegarde par le tribunal de commerce de
Paris, Eurotunnel négocie pied à pied avec ses créanciers mais " la procédure ne
prévoit pas de consulter les actionnaires ", rappelle l’entreprise. Au nom des
650 000 petits porteurs français et britanniques, propriétaires de 70% du
capital d’Eurotunnel, le trésorier de l’Adacte réclame tout de même les
documents remis le 31 octobre aux créanciers. " On nous fait rêver en parlant
d’un nouveau groupe à la dette réduite de moitié et qui aurait de vraies
perspectives d’avenir, s’indigne Daniel Bondia, mais j’ai l’impression d’un
nouveau carcan financier bâti pour protéger les créanciers. "
Approuvé le 27 novembre par les principaux créanciers du tunnel puis soumis le
14 décembre aux détenteurs de la dette dite " obligataire " avant d’être
définitivement avalisé par la justice, le " plan Gounon ", un document de 49
pages, dont nous nous sommes procuré une copie, fait la part belle aux prêteurs.
Ces derniers bénéficieraient en effet d’une action spéciale équivalent à un
quasi-droit de veto. Et la trésorerie dégagée par Eurotunnel grâce à ses
performances commerciales irait presqu’en totalité au remboursement de la dette
empêchant avant longtemps le versement d’un éventuel dividende aux actionnaires.
Enfin, les petits porteurs craignent de voir leur part de capital réduite au
seuil minimal fixé à 13% si Eurotunnel n’avait pas les moyens, à l’instar de ce
que prévoit le plan, de racheter aux créanciers leurs obligations remboursables
en actions (ORA). Bref, le " plan Gounon ", c’est le miroir aux alouettes ",
accuse Daniel Bondia.
Ce point de vue est, toutefois, contesté au sein même de l’Adacte puisque son
président, Joseph Gouranton, s’est abstenu lors de la présentation le 26 octobre
du plan de sauvetage au conseil d’administration d’Eurotunnel. L’autre
représentant des petits porteurs, Colette Neuville, présidente de l’Adam
(Association de défense des actionnaires minoritaires) a, quant à elle, voté
pour. " C’est le meilleur compromis possible, assure Colette Neuville. La preuve
: on doit batailler pour convaincre les créanciers de l’accepter. " Bref, la
zizanie règne chez les petits porteurs.
Marc Lomazzi
Un Meccano financier complexe
DANS UN DOCUMENT confidentiel daté du 31 octobre, la direction d’Eurotunnel
détaille son plan de sauvetage. Il vise à effacer la moitié de sa dette de 9,073
milliards d’euros. Une nouvelle société Groupe Eurotunnel (GET) serait créée.
Elle lancerait une offre publique d’échange (OPE) sur les titres détenus par les
actionnaires actuels. Elle souscrirait une nouvelle dette de 4,164 milliards
d’euros destinée à rembourser les créanciers à hauteur de 3,715 milliards
d’euros. Les autres recevraient 352 millions en cash et 1,87 milliard sous forme
d’obligation remboursable en actions (ORA). La dette totale passerait de 9 à 6
milliards et les intérêts de 430 millions par an à 300 millions entre 2007 et
2009 et à 220 millions au-delà.
Les détenteurs des ORA disposeraient d’actions à droit préférentiel et ils
nommeraient 4 des 11 administrateurs du futur groupe. Si Eurotunnel n’a pas les
moyens de racheter leurs ORA, ils pourraient s’adjuger la majorité du capital au
détriment des actionnaires. " Tout est fait pour donner la préférence aux
créanciers et écarter les actionnaires ", analyse Marc Fressoz, auteur chez
Flammarion du livre " le Scandale Eurotunnel ".
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