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Chers actionnaires,
Après 10 mois de rudes négociations, suivies pas à pas par votre
Conseil,
Eurotunnel vient de signer le
23 mai un accord préliminaire de restructuration avec le Comité Ad Hoc des co-financiers, dans la
droite ligne de l'accord cadre conclu en janvier.
Il a été complété le 30 mai par un accord de refinancement total
passé avec Goldman Sachs, Barclays et Macquarie European
Infrastructure Fund. Les discussions se poursuivent avec les autres créanciers, notamment les détenteurs de dette très subordonnée.
Pour les actionnaires, cet accord peut se résumer ainsi :
un effacement de la
dette de près de 5 milliards d'euros, soit 54 % de
la dette totale,
l'émission de titres
cotés " hybrides ", ou quasi-fonds propres, pour un peu moins de 1,5 milliard d'euros, s'accompagnant de l'arrivée
d'investisseurs ayant une vision long terme,
aucune dilution pendant
3 ans,
une
dilution maîtrisée à 5 ans, du fait de l'exercice de bons gratuits de
souscription d'actions, de la possibilité de refinancer la
nouvelle dette dans de meilleures conditions, et de racheter tout ou partie des
titres " hybrides ".
du temps pour poursuivre
et consolider le redressement de l'entreprise mis en oeuvre à la fin de l'année dernière, permettant la
distribution de dividendes et de nouvelles perspectives pour le cours de
l'action.
Si vous acceptez cet accord en Assemblée Générale, sa mise en
oeuvre, pour des raisons techniques, se fera par la création d'une
nouvelle structure holding " Groupe EUROTUNNEL " (1). Celle-ci lancera une Offre
Publique d'Echange, en proposant pour une unité ancienne, une action
nouvelle, assortie de bons de souscription d'actions. La nouvelle société
proposera, comme par le passé, des avantages tarifaires, et vous aurez des
droits de vote double si vous vous inscrivez au nominatif. Je crois
également utile de profiter de ce nouveau départ pour effectuer un regroupement
d'actions, afin de freiner la spéculation dite des " penny stock ".
Un accord équilibré et ouvert
Le Conseil et moi-même avons recherché un accord équilibré pour
toutes les parties prenantes. Cette répartition des efforts est à
apprécier en fonction de ce qui peut être obtenu par chacun dans l'hypothèse
d'un dépôt de bilan ou d'une
substitution.
Prenons l'exemple des créanciers très subordonnés qui, après
avoir refusé de signer un accord de confidentialité leur permettant de
négocier, ont lancé une campagne pour s'opposer à l'accord obtenu. Il faut
savoir que cette partie de la dette vient après tous les autres
créanciers (mais, attention, avant les actionnaires) : il faudrait ajouter 2
milliards d'euros de dette en plus (ce que l'entreprise ne peut pas supporter)
avant que les très subordonnés puissent être remboursés. Pour privilégier
un accord consensuel, nous avons fait des propositions
constructives, tenant compte bien sûr du caractère très décoté de cette créance.
Des échéances cruciales
Maintenant qu'il existe enfin une perspective fiable de
sauvetage de l'entreprise, ces créanciers annoncent d’autres plans (personne
ne les a encore vus). Cela arrive bien tard mais ces supposées
alternatives seront sérieusement analysées.
Je veillerai toutefois à ce qu'elles ne conduisent pas à l'une
de ces restructurations en trompe-l'oeil, qu'il faudrait recommencer
dans 10 ans. Elles devront également tenir compte des
contraintes de
temps, dramatiques, qui sont les nôtres.
Les Commissaires aux Comptes ont lancé en février dernier une procédure d’alerte et sont dans l'impossibilité de certifier les
comptes 2005 dans l'hypothèse de continuité d'exploitation. Cette
situation ne peut à l'évidence perdurer longtemps. Soyons donc vigilants
par rapport à toute démarche visant à créer la confusion ou à
retarder le processus de restructuration, parce que, in fine, c'est vous
actionnaires qui en feriez les frais.
Une vraie solution pérenne
Pour la première fois dans l'histoire d'Eurotunnel, les
créanciers ont consenti un abandon massif de la dette d'Eurotunnel à hauteur de 54%,
soit l'équivalent de près de 5 milliards d'euros, ramenant ainsi la dette à 4, 24
milliards d'euros.
Associant les efforts consentis par les actionnaires depuis
l'origine et les risques pris par les investisseurs, le montage financier
présente donc un équilibre raisonnable et le plus équitable possible entre un
effacement massif de la dette, d'une part ; une dilution partielle et
différée du capital associée à une politique de distribution de dividendes, d'autre
part.
Une fois ce plan mis en oeuvre, Eurotunnel sera dotée d'une
structure financière saine, comportant un niveau d'endettement en accord
avec ses capacités de remboursement et des perspectives d'avenir
réelles.
D'habitude, une restructuration financière est brutale,
immédiate et irréversible. Ici, l'originalité de cet accord, moins complexe
qu'il n'y paraît, est qu'il donne aux actionnaires 5 ans pour engranger les fruits
des efforts de redressement accomplis.
Cet accord préliminaire résulte d'une très longue et difficile
négociation, et débouche sur de réelles opportunités. Ce plan n'est pas " mon
plan ", c'est celui d'Eurotunnel et du Conseil.
Ce sera " votre plan" si vous l'approuvez en Assemblée Générale.
Les prochains mois seront absolument décisifs pour l'avenir
d'Eurotunnel.
Il s'agit, concrètement, d'achever le sauvetage de votre Groupe.
Poursuivons, ensemble, la dynamique engagée.
Jacques Gounon
Président-Directeur général
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