VIE DES AFFAIRES

UNE NEGOCIATION VOUEE A L'ECHEC


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NEGOCIATION ET ABUS DE MARCHE

La procédure a été ouverte suite à l'impasse des négociations. La négociation était vouée à l'échec et la poursuite ruineuse de cette négociation a été clairement fautive. La politique de négociation a été faite en collusion avec le comité ad hoc, dans l'intérêt exclusif des créanciers membres de ce comité ad hoc.

La négociation a été exclusivement menée avec le comité ad hoc jusqu'à juillet 2006.  Ce rôle privilégié du comité ad hoc ne correspond pas au processus prévu par les conventions de crédit. Dans ce processus, qui est le processus traditionnel dans tout financement international, la négociation doit se faire avec les Banques Agents.

Ce processus de négociation correspond à l'acceptation par la direction d'Eurotunnel  d'une implication d'Eurotunnel dans la répartition du refinancement et de l'acceptation de la position des membres du comité ad hoc fondée  sur l'application automatique du waterfall  qui serait justifiée par la clause de substitution. Dans cette négociation la pression du comité ad hoc était forcément une augmentation maximale de la dette qui serait assumé à l'issue du refinancement, afin d'arriver à rembourser non seulement la dette senior et la tranche 1 mais aussi la tranche  2 puis  la tranche 3.   Dans cette négociation les créanciers ne consentaient aucune concession , les créanciers subordonnés étant censés accepter un sacrifice quasi-total de leurs créances à l'issue d'un ultimatum à la fin des négociations. L'augmentation du refinancement a permis l'élargissement du comité ad hoc, les négociateurs cherchant à porter cette capacité à plus de 50% de la dette de façon à ce que le comité ad hoc représente plus de 50% de la dette. Il est alors présenté comme représentant majoritairement la dette, ce qui donne l'impression que son acceptation d'un plan de restructuration vaut accord des créanciers.

La négociation ne pouvait être que préjudiciable à la société. La négociation ne pouvait que conduire à un plan qui propose une appropriation  de l'entreprise aux créanciers, vidant la société de tout fonds propre, puisque la direction a  négocié avec le comité ad hoc sur la base d'un prétendu droit des créanciers à la substitution. Elle a proposé des principes de négociation dont elle a ouvertement déclaré qu'ils devaient être plus intéressants pour les créanciers que la substitution. La substitution étant censé transférer l'entreprise aux créanciers, il est ainsi évident que la négociation avait comme objet le transfert de l'entreprise aux créanciers et le maintien d'une présence symbolique des actionnaires qui les amène à remettre de l'argent frais, pour essayer de limiter une dilution quasi-intégrale.

Ce schéma qui bien entendu ne pouvait que renouveler la stratégie de la restructuration de 1998, avec une partie en dette et une partie en quasi-fonds propre pour ne laisser aucun fonds propre dans la société et permettre aux créanciers de se les approprier, était bien entendu totalement spoliateur pour les actionnaires. La manipulation de la "révolte des actionnaires", avec la mise en place de dirigeants en fait acquis aux intérêts des créanciers, leur permettait par une stratégie machiavélique de compter sur une habile communication presse pour présenter le plan comme un plan de sauvetage, représentant le meilleur résultat possible et même un résultat inespéré.

Le plan de restructuration adopté par Gounon est largement inférieur à celui qui était annoncé par Jean Louis Raymond . Fin janvier 2005 Jean Louis Raymond avait  indiqué, dans un débat sur un forum internet et dans des interviews radiophoniques  et dans  une interview à La Tribune, que " Une réduction de plus de la moitié de la dette parait envisageable".,   Il avait indique que la dette a été acquise avec une décote moyenne de 50% et qu'elle a parfois été acquise à 10% de sa valeur nominale. Il affirme "nous sommes arrivés à mettre d'accord tout le monde sur la réalité d'Eurotunnel. Et notamment la réalité de ses revenus à venir, la réalité de ses performances en terme de rentabilité". Gounon avait lorsqu'il a pris en main les négocations, affirmé une position beaucoup plus aggressive à l'égard des créanciers, qui ne s'est en aucune manière concrétisée.

L'échec de la négociation était inéluctable dès lors que la direction se privait de tout argument de négociation et mettait la société complètement sous tutelle du comité ad hoc, en particulier en consentant de façon fautive à demander un waiver. On notera le rôle déterminant de Goldman Sachs  qui apparait d'abord dans ce waiver et ensuite dans le plan Goldman Sachs Macquarie.

L'échec  était  en germe dans la stratégie abusivement égoîste des créanciers du comité ad hoc, en particulier dictée par les impératifs de MBIA qui en tant que zero-risk insurance ne pouvait faire face aux conséquences directes et indirectes d'une perte sur les obligations qu'elle avait garanties. Il était en effet clair dès le départ que le comité ad hoc allait utiliser l'argument spécieux du droit de substitution, combiné au waterfall, l'ordre conventionnel de paiement prévu dans les conventions financières , pour prétendre utiliser l'intégralité du refinancement en remboursement de ses créances. L'argumentation concernant la clause de substitution a été ainsi fortement diffusée, non seulement à l'égard des actionnaires, comme dans la restructuration de 1995-1998, mais surtout à l'égard des créanciers subordonnés.

La direction s'est évertuée à justifier une augmentation de la capacité de remboursement de la société et s'est par ailleurs immiscée dans la répartition  du produit du refinancement de la dette. Dans une négociation politique de la dette fondée sur une stratégie médiatique et de communication, Jacques Gounon s'est enfermé dans une impasse. Comptant que l'acceptation par une majorité des créanciers permettrait de clamer qu'il y avait accord des créanciers en ignorant les conditions de majorité, il a négocié avec les créanciers qui n'étaient prêts à faire aucune concession. Comptant sur sa communication presse et sur une prétendue adhésion des actionnaires à un plan de restructuration négocié à l'abri d'une politique de confidentialité destinée à mettre les actionnaires devant le fait accompli d'une dilution leur laissant 13% qui serait mieux que rien, il a cru pouvoir imposer consensuellement une perte de 95% de la valeur nominale des créances subordonnées.

Cette politique d'ultimatum, incohérente avec une négociation qui se présentait comme conceptuelle, se heurtait à une série de décisions que la direction avait affirmée avoir prises, et qui toutes ne faisaient que rendre illusoire des menaces basés sur une argumentation qui pouvait tromper les actionnaires mais qui ne pouvait faire peur aux créanciers subordonnés. Jacques Gounon a d'abord affirmé avoir  pris une décision de ne pas convertir les stabs pour les placer dans le cadre d'une négociation globale; il a ensuite continuer à vouloir ignorer les problèmes comptables et d'information financière. Il a traité la procédure d'alerte comme un simple problème technique et prétendu qu'il décidait de reporter l'arrêté des comptes comme moyen de pression sur les créanciers, et il a essayé de présenter le retrait du SRD puis  la suspension de la cotation comm

Si la communication presse de Jacques Gounon lui a permis de transformer tout ce qui était des difficultés de plus en plus importantes comme des actes déterminés et d'habile négociation, avec des cours qui s'envolaient en défiant la gravité, l'impasse devenait de plus en plus inéluctable.

Alors que Jacques Gounon ne se préoccupait que de renouveler le waiver et de transformer le projet de plan de restructuration préparé sous l'égide du comité ad hoc en accord, les marchés financiers n'étaient bien entendu pas convaincus du chantage au droit de substitution et au dépôt de bilan manié par Jacques Gounon. La distorsion entre la valeur de marché des créances et le sacrifice demandé aux obligataires ne faisait qu'accentuer l'impossibilité économique d'un accord.

La partialité manifeste de Jacques Gounon, le climat agressif de ses propos à l'égard du plan alternatif, l'argumentation utilisée qui faisait boomerang quant au plan de la direction, a fait qu'il n'y avait ensuite que des simulacres de négociation.

Jacques Gounon ne pouvait que se résoudre à une procédure devant le Tribunal de commerce , pour se placer sous la protection d'une justice qu'il n'avait cessé de dénigrer dans le cadre de son chantage au dépôt de bilan.


 

 

 

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